Le squelette de la France : Sa Constitution

Il y a déjà 12 ans, le 31 mars 2011, le dernier médiateur de la République, Jean Paul Delovoye remettait son rapport au Président de la République avec un constat : « Nos sociétés sont régies par trois grands sentiments : les peurs, les espérances, les humiliations. Chaque camp pouvant gagner alternativement dans l’euphorie de la victoire d’un jour pour une France qui descendra de division à chaque élection et progressera pas à pas vers les populismes et les extrémismes.(1) « La France déprime».

Pas réjouissant comme constatation. Les Français se sentent abandonnés. Les abstentions aux dernières élections ont montré que les Français se détournaient non seulement de la politique, mais aussi de leurs représentants aux institutions. Les commentaires sur les réseaux sociaux sont négatifs vis-à-vis aussi bien de la majorité que de la gauche ou des extrêmes suivant les sujets évoqués. On sent un profond rejet pour toute proposition qui serait exprimée parce que les Français ne croient plus en leur efficacité, ils n’ont plus confiance. Les politiques eux-mêmes semblent atteints par la contagion, puisque en 2012 on entendait sur toutes les chaînes cette phrase dite par nos politiques de gauche ou de droite : « la question que l’on se pose est quelle est la bonne question ? » Si nos représentants ne savent pas quelle est la bonne question qu’ils doivent se poser, le mal est plus profond qu’il ne paraît.

Mais quel est ce mal ? Quelle est cette incapacité à se gouverner ?

Les reproches que l’on fait à notre Président actuel expliquent en partie ce mal par une incapacité à savoir ce que les Français eux-mêmes désirent. Ils souhaitent un leader qui les entraîne mais lui reproche d’être trop omniprésent. Ils souhaitent qu’il ait en main les rênes du gouvernement, mais lui reprochent de ne pas laisser cette initiative au Premier Ministre, puis maintenant au peuple. Ils souhaitent le voir aux inaugurations de chrysanthèmes mais lui reprochent les dépenses de l’Elysée, etc.

En 1976, Alain Peyrefitte décrivait dans son livre « Le mal français » cet état d’esprit : « cinquante millions de Français se sont fait cinquante millions d’idées de la France ; et des idées bien arrêtées. Il est aussi difficile de leur parler d’elle, que de sa femme à un mari jaloux. Et un homme politique est moins recevable que quiconque : il a pris parti dans des luttes publiques ». (2)

Ce « mal français » est décrit par le Général de Gaulle en 1966 : « Les Français sont atteints d’un mal profond. Ils ne veulent pas comprendre que l’époque exige d’eux un effort gigantesque d’adaptation …. Ils ne peuvent se passer de l’État, et pourtant ils le détestent, sauf dans les périls … Ils ne se conduisent pas en adultes ». Il avait aussi ajouté : « Quand les Français croient en la grandeur de la France, ils font de grandes choses ; quand ils se sentent abandonnés, ils font de petites choses ».

Pourrait-on dire que ce mal est un manque de confiance des citoyens envers la politique et les politiciens, des politiques envers les citoyens et des citoyens entre eux.

Les citoyens n’en peuvent plus de vivre dans une société qui ne leur apporte pas ce que le marketing les pousse à avoir. Ils courent après des rêves que les lobbyings leurs suggèrent. Ils ne se sentent pas en sécurité moralement et physiquement. Ils ont peur pour l’avenir de leurs enfants, parce qu’ils ont mis un siècle à obtenir leurs acquis sociaux et qu’ils les voient se disperser en quelques mois.

Le mouvement des Gilets Jaunes a évolué, du ras-le-bol, il est passé à la remise en question du pouvoir. Réclamant à la fois le Référendum d’Initiative Citoyenne et la démission d’Emmanuel Macron, cela ressemble fort à vouloir une dictature. Avec le R.I.C. ils veulent à la fois déposer les lois et les voter. On se doute bien que la dictature n’était pas l’idée finale d’Étienne Chouard lorsqu’il est sorti de l’anonymat en 2005 en le proposant. Mais petit à petit, certains Gilets Jaunes extrémistes le reprenant en leur nom font un dérapage manifeste.

L’importance de la Constitution.

En plus de deux cents ans, le fond et la forme de la Constitution de 1791 ont évolué en fonction des événements extérieurs, et l’idéologie qui fut à l’origine de son élaboration a été dénaturée. Une Constitution, devrait non seulement régler ce qui constitue l’organisation de l’état entre exécutif, législatif et justice, mais devrait aussi, être une charte déontologique, une pensée, qui nous élève, nous dynamise.

Les droits du peuple et du citoyen ne sont pas inscrits dans la Constitution de 1958. Il aura fallu une jurisprudence du Conseil Constitutionnel (décision du 16 juillet 1971 « Liberté d’association » ) pour reprendre la déclaration des droits du citoyen de la constitution de 1946 et celle des droits de l’Homme de 1789.

La dignité de la personne humaine n’est pas seulement un droit fondamental en soi, mais constitue la base même des droits fondamentaux. La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 a inscrit la dignité humaine dans son préambule : « …considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde».

Il y a en effet une différence d’idée entre « demeurent libres et égaux » et « assure l’égalité devant la loi ». Ce qui n’est pas la même chose que de naître et demeurer libres et égaux, la loi pouvant créer des inégalités. Naître libre et égaux, dit clairement que ce n’est pas seulement devant la loi que nous sommes égaux, mais aussi dans le quotidien, dans nos relations avec les autres. Dans l’article 1, ce n’est plus qu’une loi qui « favorise » l’égal accès des hommes et des femmes au travail et aux mandats électoraux.

La liberté de pensée est aussi la liberté de pratiquer sa religion. Tous les pays se reconnaissent dans une doctrine. C’est seulement en 2007, que l’Irlande a cessé la guerre entre catholiques et protestants. Aux États-Unis, où le président prête serment sur la Bible, il a été, de bon ton, depuis plus de deux siècles, que le président soit protestant, même si ce n’est pas écrit. J.F Kennedy fut une exception. Le communisme est une doctrine d’état, puisqu’il nie la religion. Nous sommes, disons nous un état laïque, qui vivons dans un quotidien chrétien que nous renions officiellement, mais auquel nous tenons. Le dimanche, jour de repos, est catholique. Les jours fériés, comme Pâques, Pentecôte, Noël, sont des fêtes religieuses. Tous les présidents de la République française sont nommés « chanoine honoraire » de la basilique de St Jean de Latran par le pape. Cinq chefs d’État de la Ve République sont allés à Saint-Jean-de-Latran en prendre possession : le général de Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron. Georges Pompidou et François Mitterrand ont accepté la charge, mais ne sont pas allés à Rome pour s'”installer” formellement dans le chapitre. Le président y est représenté par un chanoine, prêtre de la communauté française de Rome, actuellement Mgr Louis Duval-Arnould. Cherchez l’erreur …. Parce qu’on est un état laïc, faut-il pour cela renier nos origines judéo-chrétienne, dont notre quotidien est encore imprégné ?.Jusqu’aux années 2000, laïcité et religions faisaient encore bon ménage.

 

 


(1) Rapport annuel 2010 du Médiateur de la République – page 4
(2) « Le mal français » – Alain Peyrefitte – Ed. Plon page XI