La transparence fait-elle partie de la sécurité et de la justice ?
Tout peut-il et doit-il être transparent ? Comme tout, la transparence est à double tranchant. D’un côté nous souhaitons savoir ce que contient notre assiette, d’où viennent les aliments que nous mangeons, ce qu’il advient des impôts et taxes que nous payons, qui détient la dette de la France, etc. … nous avons besoin de transparence, de contrôles. D’un autre côté, a-t-on réalisé qu’il existe une autre transparence ? Celle de toutes les données que nous transmettons aux entreprises dont elles se servent à des fins commerciales par l’intermédiaire de notre GPS, de nos appareils connectés, des caméras de surveillance, des paiements par carte bleue, etc…. et à des hackers qui ne sont pas remplis de bonnes intentions.
Regardons de plus près nos banques devenues des banques en ligne. Elles suivent nos dépenses et classent par catégories nos paiements. Est-il utile qu’elles sachent comment nous avons utilisé notre argent ? Si nous étions au restaurant ? A combien se monte notre loyer ? Etc… La banque grâce à la transparence du tracking sera non seulement le dépositaire de notre argent, mais saura comment on le gère. Avec la possibilité d’espionnage à la clé. La Sécurité Sociale pourrait ainsi savoir si nous avons été au restaurant alors que nous étions en arrêt maladie.
De même avec les compteurs électriques Linky d’électrique et de gaz. Ils savent si vous êtes chez vous, quand vous allumez certains de vos appareils, si vous recevez du monde, parce que d’un seul coup ce sera « Versailles chez vous » et le tout à l’avenant. Banque, électricité, GPS, téléphone portable, appareils connectés, que devient la vie privée ? Ce ne serait pas grave, si cela n’était accompagné du « service » (1) de suivi. Surveillance jour et nuit de notre activité, favorable aux entreprises et à l’état.
Sauf que sous ce vocable, la transparence est devenue un véritable prétexte qui permet tout et n’importe quoi. Un exemple révélateur d’une dictature de la transparence : Par souci de transparence, le gouvernement, suite à une décision du Conseil Constitutionnel, a légiféré afin de rendre nominatif sur Internet, le nom des maires signataires pour le dépôt des candidatures aux présidentielles. (2) « L’expérience de 2002 a mis à nouveau en lumière l’acuité du problème de la publicité des présentations. Comme il en a émis le vœu depuis 1974, le Conseil constitutionnel estime essentiel que soit rendue publique, pour chaque personnalité présentée, la liste intégrale de ses présentateurs. Conforme à l’égalité entre élus qui présentent un candidat comme à la transparence de la vie démocratique, cette publicité serait matériellement facilitée par l’usage d’Internet. »
Bien que officiellement on parle de parrainage et de présentation du candidat, ce système équivaut à un vote puisqu’on ne peut revenir sur sa signature si le candidat se désiste. Les grands électeurs agissent en leur nom propre. Ce vote devrait donc être, soit secret, confidentiel et anonyme comme en 1958, soit le vote n’est plus considéré comme secret alors que la Constitution l’exige. La transparence a ici servi de pression sur les maires pour ne pas leur permettre d’accorder leur signature à un candidat hors système. Résultat beaucoup d’élus ont refusé d’apposer leurs signatures afin de ne pas être stigmatisés auprès de leurs administrés
Au début, la transparence (3) devait être le moralisateur de la vie politique. Jusqu’où peut-on exiger de la transparence ? Il ne faudrait pas confondre la transparence de la vie politique que la majorité d’entre nous réclame avec une transparence que souhaite nous imposer les algorithmes des entreprises et de l’administration.
Parce que tout se tient, la transparence, avancée démocratique, s’accompagne de dérives qui vont à l’encontre de nos libertés sous prétexte de plus de transparence et pourrait aboutir à terme, à un « Big Brother » totalitaire.
Les frontières s’estompent entre le public et le privé, entre l’individu et le collectif
Jusqu’à présent, le respect de la vie privée n’était pas explicitement énuméré parmi les besoins fondamentaux. Il était simplement inhérent à la vie quotidienne. Cependant, il est désormais impératif de l’intégrer à cette liste, car cet espace intime, à la fois un lieu et un moment hors de la collectivité, celui qui se trouve derrière une porte et qui permettait de se ressourcer en famille, d’entretenir des amitiés, est en train de disparaître peu à peu. Ordinateurs, téléphones portables, compteurs électriques et de gaz, cartes bleues, cartes vitales, caméras dans les rues, les espaces publics, objets connectés auxquels on ne peut échapper, sont les outils qui nous suivent quotidiennement. L’administration sait tout de nous, le patron peut nous joindre à n’importe quelle heure. Avec le télétravail en tant que salarié, ce sera encore plus contraignant.
Pour comprendre plus facilement, il n’est que de regarder ce qui se passe avec les politiques, les « peoples ». Ce sont des personnes publiques direz-vous. Oui, sauf que ce qui s’applique à eux, s’applique aussi à nous sans que nous le sachions, à la seule différence que nous n’avons pas les « honneurs » des tabloïds. Dans son livre, « la transparence en trompe l’œil », Thierry Libaert explique comment la société s’autocontrôle et comment l’espace public se dilue dans l’espace privé. « Les frontières s’estompent entre le public et le privé, entre l’individu et le collectif ». Citant V. Velasco, il écrit « Plus la société est transparente, plus elle est contrôlable. Plus l’individu est transparent, plus il est contrôlable et manipulable. (4) » Il va falloir prendre en compte ces espaces lieux et temps privés qui nous permettent d’avoir des « jardins secrets » si importants en psychologie.
Le numérique et la cybersécurité
Avec Internet et ses dérivés, (télévision, consoles de jeux, téléphones portables, ordinateurs et autres tablettes) dont la portée franchit allégrement les frontières, la communication devenue mondiale est immédiate. Nul besoin de se déplacer pour discuter en vidéo entre plusieurs points géographiques opposés les uns aux autres. Incontournable, le numérique est aussi le nouveau champ de bataille des financiers et des voyous en tous genres . Les états essaient de réguler ceux-ci sans grand succès, alors que d’autres s’en servent allègrement pour répandre leur propagande.
Grâce ou à cause d’Internet, les non-dits mis en place par les gouvernants de tous pays et les multinationales, commencent à tomber. Les internautes et les lanceurs d’alerte peuvent se revendiquer d’être les pionniers de la transparence. Aussi certains pays qui ne veulent pas que l’on sache ce qui se passe chez eux coupent cette communication.
Internet étant un outil sans frontière. Colosse aux pieds d’argile, il est important que sa sécurité soit discutée entre tous les pays qui s’en servent, c’est-à-dire au niveau mondial et qu’il n’y ait pas qu’un seul pays qui en régule ses fonctions. Les enjeux économiques, stratégiques et politiques dont toute l’administration et les entreprises dépendent ne peuvent laisser indifférents. La cybersécurité concerne les souverainetés nationales. Au niveau européen, L’ENISA, l’Agence Européenne de cybersécurité, (5= créée en 2004 et renforcée par l’adoption du “Cybersecurity Act” européen le 11 juin 2019 suffit-elle? La France aurait intérêt à renforcer ses effectifs, si ce n’est de créer un corps spécifique de cybersécurité (6).
Une histoire marseillaise réelle (7) cette fois s’est passée la veille du premier tour des élections municipales de 2020. Une attaque de hackers venant d’on ne sait où, réclamant une rançon a visé les services de l’administration de la Métropole et ceux de la ville de Martigues. Ce fut non seulement le service public, mais l’exploitation de la voirie, des tunnels, du ramassage des ordures, de l’eau qui furent touchés. Il aura fallu deux mois de travail pour récupérer sans payer. Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là. Six mois plus tard, les hackers ont laissé fuiter sur Internet des données volées.(8)
Imaginez une coupure prolongée de l’alimentation électricique gérée par des systèmes informatiques. Que ferions-nous si une telle catastrophe se produisait pendant 24 heures, voire se prolongeait pendant deux mois ? Non seulement l’économie serait à l’arrêt, mais toucherait aussi les particuliers dont les appareils ménagers, les appareils connectés ne fonctionneraient plus au bout de quelques heures. Cela ne veut pas dire qu’il faille supprimer le numérique. Il faut apprendre à s’en servir comme d’un outil, parmi tant d’autres. Ne pas mettre tous ces œufs dans le même panier.
Comme tout progrès technique, le numérique a deux faces. Il peut être le meilleur et le pire. Si Internet est un outil formidable, (la rédaction de cet essai n’aurait pu voir le jour, entre les débats sur les réseaux sociaux, les mails et les recherches d’informations), il est aussi un transmetteur de fausses nouvelles, de rumeurs. Énorme pollueur, bien plus que la voiture, il serait le 5ème consommateur mondial d’électricité s’il était un pays. (9)
(1) https://particulier.edf.fr/fr/accueil/contrat-et-conso/economies-energie/comprendre-reduire-consommation-electrique-gaz.html
(2) Décision n° 2002-129 PDR du 7 novembre 2002 https://www.conseil-constitutionnel.fr/decision/2002/2002129PDR.htm
(3) http://www.toupie.org/Dictionnaire/Transparence.htm
(4) Thierry Libaert – (page 117) V. Velasco « La difficile formalisation d’un droit à la vie privée »
(5) https://www.enisa.europa.eu/about-enisa/about/fr
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Cybersécurité
(7) La Provence du samedi 18 avril 2020
(8) https://www.lagazettedescommunes.com/693768/fuite-de-donnees-six-mois-apres-la-cyberattaque-contre-la-metropole-daix-marseille-provence/
(9) https://lesecolohumanistes.fr/pollution-internet/

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