Les valeurs non recensées du PIB
Un petit virus a mis en lumière une France souvent méconnue, celle des travailleurs de l’ombre Cette France des « petites mains », cette France « d’en bas » (!) dont font partie ces veaux (1), ces sans-dents (2), ces fainéants (3), a déjà été oubliée, alors que l’on venait de découvrir au début de pandémie de la Covid, leur efficacité, leur abnégation. Tous les soirs à 20 heures, on les applaudissait. On leur disait ENFIN merci. On ne se demandait plus si elle était black, blanc, beur, si elle avait une carte d’identité ou de séjour. Elle était LA, pour nous tous !
Depuis longtemps, son économie correspond à une véritable économie circulaire, faite de troc et d’entraide, de celle qui ne permet pas de faire des économies et encore moins d’engranger un capital. On dépense ce qu’on gagne, et souvent ce n’est pas suffisant. C’est celle des grands parents qui gardent les enfants pendant leurs vacances, c’est celle du voisin qui vient dépanner la machine à laver tombée en passe ou changer un robinet, c’est celle de la voisine qui a un ordinateur et qui vous aide à faire vos déclarations, etc.
Une richesse nationale : le travail invisible
Travail et liberté – une association peu commune de mots. Le travail est souvent perçu comme une contrainte, et il est vrai que l’origine étymologique (4) du mot renforce cette connotation. Par conséquent, il peut sembler que travailler ne puisse s’inscrire que dans un contexte de contrainte, plutôt que de liberté. Cependant, pourquoi tant de personnes choisissent-elles de travailler volontairement et sans rémunération ? On fait référence à ces nombreux bénévoles qui s’investissent au sein des associations. Il doit exister une raison profonde, une signification qui nous pousse à consacrer du temps et des efforts en toute liberté.
Les associations qui font appel à des bénévoles sont souvent celles qui contribuent à combler les manques des besoins fondamentaux de l’humain : alimentation, abri, éducation, activités sportives. Cela suggère également implicitement que la structure de la société telle qu’elle est organisée par l’État ne parvient pas, ou seulement de manière insuffisante, à répondre à ces impératifs essentiels.
Une part significative de notre richesse découle du travail invisible accompli par les bénévoles, les aidants et les parents, ainsi que par chacun d’entre nous grâce à l’utilisation quasiment « incontournable » d’Internet pour toutes les formalités administratives et les achats sur les plateformes de commerce électronique.
Comment pourrait-on justifier et reconnaître le travail souvent invisible d’une personne ? En prenant l’exemple sur les assistantes maternelles qui bénéficient de formations et de contrôle..On pourrait envisager de compléter ces mesures par un système d’impôt négatif.
Au-delà de la simple reconnaissance d’un travail invisible qui est utile à la société, il « obligerait » la personne qui en bénéficie à sortir de son quotidien et à avoir des contacts autres que ceux de son entourage. Après le confinement, les psychiatres et psychologues ont pu témoigner du nombre en recrudescence de personnes qui ont peur de sortir de chez elles. Peur du contact des autres. D’une montée des violences faite aux femmes, mais pas que … on ne parle pas d’autres faits qui, s’ils sont passés sous silence, n’en existent pas moins. La violence faite à l’encontre des enfants, des personnes âgées vivant au domicile, ou du conjoint homme. Il contribuerait aussi à aider les personnes victimes à parler.
Ce travail invisible à temps plein, que ce soit en tant que bénévole, en tant que parent élevant un ou plusieurs enfants, ou en prenant soin d’une personne âgée, handicapée ou malade, devrait demeurer un choix délibéré de la part de ceux et celles qui en bénéficient. Il ne devrait en aucun cas se traduire par un renvoi automatique des femmes au foyer, ce qui équivaudrait à un retour en arrière où les femmes de la petite et grande bourgeoise dépendaient financièrement de leurs maris. Aux antipodes, très mal rémunérées, les femmes de la classe ouvrière ou « pauvre » ont toujours travaillé, soit comme domestique, soit comme ouvrière, en assumant au quotidien l’éducation des enfants et les tâches domestiques. De ce côté la société n’a guère évolué. Ce qui changerait c’est que toutes les femmes aient le choix de bénéficier d’un revenu de ce travail invisible. Il est important de ne pas répéter les schémas négatifs du passé.
Sans oublier celui du consommateur
Cela permettra de compenser les heures de travail que nous fournissons gratuitement aux entreprises en tant que « employé à temps partiel » 5 , et ceci sans nous en rendre compte. Il s’agit le plus souvent de « collaboration contributive » sur les sites internet non seulement par les données que nous laissons, mais aussi par le travail fourni en recherche pour un achat, ce qui évite le salaire d’un vendeur. De même les banques en ligne, les administrations, les caisses enregistreuses dans les magasins sont autant de chômeurs en plus remplacés directement par le consommateur.
Un travail invisible dont personne ne parle : celui des animaux
Ce n’est pas une histoire de sensiblerie comme certains pourraient le penser, mais le bien être des animaux doit faire partie des priorités. Ils participent à ce travail invisible si nécessaire à la société qui ne pourra être pris en compte dans le PIB. Et pourtant … Ils sont les meilleurs alliés des forces de l’ordre, de l’armée. Ils sont les aidants des non voyants, des personnes en situation de handicap. Cela étant la partie visible, celle dont on parle, mais il y a aussi la partie invisible de ceux qui nous donnent leur lait, leur œufs, leur laine, leur peau et … leurs protéines.
Pour rester dans la réglementation
Puisqu’on ne peut changer les règles qu’utilisent les organismes mondiaux pour calculer le PIB, il faudra louvoyer entre l’officiel et l’officieux permettant ainsi de prendre en compte non plus les indices de seuil médian, de seuil de pauvreté, mais le calcul du seuil de niveau de vie tolérable.
Le travail invisible n’étant pas celui des trafics en tout genre, mais celui des bénévoles, des aidants, des mères ou pères au foyer. Il serait plus moral de le prendre en compte plutôt que de prendre en compte le travail souterrain, celui de la drogue et autres dérives depuis 2018. (6). Dérives que l’on combat.
Deux solutions se présentent :
a) Il pourrait être reconnu comme une économie informelle ainsi que le définit le Bureau International du Travail (BIT) (7) « toutes les activités économiques de travailleurs et d’unités économiques qui ne sont pas couvertes – en vertu de la législation ou de la pratique – par des dispositions formelles »
Quelques chiffres :
Onze millions d’aidants familiaux accompagnent au quotidien un proche en situation de dépendance, en raison de son âge, (8) d’une maladie ou d’un handicap. représentent 11 milliards d’euros par an d’économies à l’État.
Les bénévoles : « Si c’était des permanents payés au SMIC par l’État, ce serait plus de 200 millions d’euros par an », (9) rien que pour les Restos du Cœur.
« Absent du calcul de la production nationale, il se chiffre pourtant en milliards d’euros. Pour l’année 2010, l’Insee évaluait la somme de ces activités à 60 milliards d’heures de travail par an. Valorisée au salaire minimum net et mesurée avec la définition la plus restreinte, la valeur du travail domestique contribuerait à une production nationale équivalente à 292 milliards d’euros, soit 15% du PIB de la France. » (10)
En supprimant la plupart des aides sociales et en les remplaçant par des fiches de paye correspondant à une activité, il pourrait être reconnu et calculé officiellement par les Centres de Gestion des Activités. (11) ce qui réduirait de manière significative les fraudes que l’on déplore.
Si l’on applique la réforme proposée ci-dessous sur les logements une dizaine d’années suffissent pour changer complètement les ratios du pouvoir d’acheter.
(1) Général De Gaule : « Les Français sont des veaux » Le général de Gaulle aurait souvent employé cette expression, notamment pendant la Seconde Guerre Mondiale. Son fils, Philippe de Gaulle dans son ouvrage De Gaulle Mon Père raconte : ” Au début de juin 1940, à Londres, à l’hôtel Connaught, à voix basse pour ne pas être entendu des convives qui dînent à la table voisine. Il vient de stigmatiser l’armistice au micro de la BBC. Je le vois alors serrer son couteau nerveusement avant de le reposer avec délicatesse. Puis il me souffle: Ce sont des veaux. Ils sont bons pour le massacre. Ils n’ont que ce qu’ils méritent.”
https://www.planet.fr/politique-les-phrases-cultes-de-charles-de-gaulle.1458046.29334.html?anc=subpage-title-2
(2) François Hollande « Merci pour ce moment » de Valérie Trierweiler – les éditions Les Arènes
(3) Emmanuel Macron
(4) le mot travail proviendrait du latin tripalium, un instrument de torture à trois pieds https://www.cairn.info/idees-recues-sur-le-travail–9791031805818-page-22.htm
(5) L’accélération technocapitaliste du temps – Essai sur les fondements d’une économie des communs par Renaud Vignes aux Éditions R&N
(6) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/02/01/comment-l-insee-va-integrer-le-trafic-de-drogue-dans-le-calcul-du-pib_5250216_4355770.html
(7) https://www.ilo.org/global/about-the-ilo/who-we-are/international-labour-office/lang–fr/index.htm
(8) https://dubasque.org/aider-les-aidants-onze-belles-initiatives-pour-soutenir-celles-et-ceux-qui-aident-un-proche/
(9) https://www.nouvelobs.com/societe/20191031.OBS20549/quand-gabriel-attal-applaudit-les-associations-pour-les-couts-qu-elles-evitent-aux-pouvoirs-publics.html
(10) https://madame.lefigaro.fr/societe/inegalites-travail-invisible-comment-les-taches-domestiques-maintiennent-les-femmes-dans-precarite-010419-164432)
(11) Voir le chapitre du droit au travail

Rétroliens/Pings