Un seuil de niveau de vie tolérable Vs le seuil de pauvreté
Le seuil de pauvreté ne tient pas compte des besoins et des réalités individuelles. Chaque personne a un seuil de tolérance physique et émotionnel en dessous duquel sa qualité de vie devient difficile, voire insupportable.
L’idée d’un seuil de niveau de vie tolérable (SNVT) prend en compte la diversité des situations et des besoins. Ce SNVT varierait d’une personne à l’autre en fonction de son contexte familial, géographique, professionnel et de santé. Il serait davantage basé sur les besoins réels et concrets d’une personne pour mener une vie décente et épanouissante. En effet, une mère célibataire débordée aura des besoins différents d’une mère de famille nombreuse soutenue par son conjoint. De même, un étudiant ou un retraité auront des besoins distincts. Prendre en compte ces spécificités dans les politiques d’aide et de soutien est essentiel pour réduire les inégalités et améliorer la qualité de vie de tous les citoyens.
Adapter le seuil de pauvreté en fonction du SNVT plutôt que du seuil de pauvreté standardisé permettrait de mieux cibler les besoins spécifiques de chaque individu ou famille, en prenant en compte leur situation réelle et les coûts associés à leur vie quotidienne.
Peut-on définir et calculer un seuil de niveau de vie tolérable (SNVT) ?
Nous ne sommes pas les seuls à nous demander quels sont les besoins matériels et environnementaux nécessaires pour vivre et non survivre ? Des enquêtes sont menées dont les résultats apparaissent sur Internet. Les commentaires sont aussi révélateurs que les enquêtes elles-mêmes.
Une enquête menée par Rue 89, sur Internet, corrobore une étude de différentes personnes entre revenus et dépenses et confirme que plusieurs critères sont à prendre en compte, le plus gros poste du budget étant le logement.
Toujours sur Internet, l’observatoire des loyers « Clameur » (1) nous donne les tendances nationales des loyers en France. Pour un studio de 20m², il faut en moyenne compter 16,2€ x 20m² soit 324,00 € + charges locatives, soit environ 400€. (hors Paris intra-muros).
C’est ainsi que théoriquement 30% des citoyens percevant le SMIC ou moins n’auraient plus la possibilité de se loger, s’ils ne vivaient chez les parents, ou dans des logements insalubres, les loyers et charges locatives représentant un tiers des revenus (ceci fait partie des références demandées par les bailleurs, qui ne prennent pas en compte les prestations allocations logement qui pourraient être perçues), soit 400€ x 3 = 1200 € net. On comprend mieux comment des personnes travaillant à temps plein avec un CDI se retrouvent sans domicile personnel. Les grandes métropoles étant hors de portée de leurs bourses.
Si revenus et dépenses sont différents pour chacun, certains besoins matériels comme logement, nourriture, soins, impôts et taxes sont incontournables. Il faut aussi admettre que les besoins financiers, ne sont pas les mêmes, suivant le sexe, le lieu géographique, l’emploi, la situation familiale. Au nord, nous aurons plus besoin de chauffage qu’au sud. Le coiffeur n’a pas le même coût pour une femme que pour un homme, un parent seul avec des enfants en bas âge aura besoin de structures pour le seconder, etc… Les besoins (le seuil de tolérance) ne sont pas les mêmes pour une famille monoparentale avec 3 enfants habitant en haute montagne et un célibataire sans personne à charge habitant le Sud, région tempérée.
Faut-il prendre en considération les loyers ? Ce n’est pas la même chose d’avoir 1000€, de ne pas payer de loyer et d’avoir 1000€ et de devoir payer 400€ de loyer. Faudrait-il ajouter pour certaines catégories l’autoconsommation ou l’accès possible à des services publics gratuits ? Laissons à chacun le choix d’existence que ces personnes auront fait. Pourquoi les pénaliserait-on pour ce choix ? C’est aussi oublier qu’un propriétaire paie des impôts fonciers et que la plupart des familles avec enfants, locataires de leur appartement touchent l’APL.
Il est important que le SNVT soit calculé en fonction des évolutions familiales. Il a été démontré qu’il existe un lien entre l’incidence des changements dans une vie et le déclenchement de problèmes médicaux, de maladies psychosomatiques ou de dépression. La santé physique et psychologique d’un allocataire du RSA résiste mal à la longueur du processus ainsi qu’aux échecs constants qui l’ont amené à ce stade et qui l’y maintiennent. Si la personne a de quoi financièrement survivre, psychologiquement il n’en est pas de même pour sa santé qui évolue très souvent vers la dépression ou des maladies chroniques.
Ce sont ces statistiques qui faussent le raisonnement des économistes et des gouvernants. Puisque c’est un état dû à plusieurs facteurs, ne serait- il pas plus juste de définir et d’appliquer une grille de SNVT suivant le quotient familial et le lieu géographique, plutôt qu’un seuil de pauvreté. Il est évident que ce seuil de tolérance sera toujours approximatif et remis en cause, tout comme on peut être toujours pauvre par rapport à nos envies et nos besoins.
Comment la France d’en bas vit-elle avec un SMIC sans les aides
Pour voir si le raisonnement tient la route, voyons si nous dépenserions de la même façon selon le lieu et le sexe, une somme identique. Prenons comme exemple de comparaison deux célibataires, gagnant tous deux le même salaire, dont un homme travaillant à moins de cinq cents mètres de chez lui, à Lodève, petite ville de l’Hérault, comme manutentionnaire dans une grande surface commerciale et une femme célibataire, vendeuse dans un magasin, habitant la banlieue marseillaise, (pour avoir un loyer moins cher) et travaillant dans une boutique au centre ville. Tous deux sont au contact du public.
Ils n’auront pas les mêmes besoins, donc, les mêmes dépenses. Les dépenses de transport, de coiffeur, d’habillement, de frais de repas à midi, seront plus conséquentes pour la femme que pour l’homme, sans compter le temps consacré au transport. Pourra-t-on prendre en compte un renouvellement des appareils ménagers et des menues réparations, une épargne pour l’imprévu et les impôts, ainsi que des vacances. Si on souhaite comptabiliser des vacances, c’est pour donner un peu de respiration, éviter des effets de stress, bien peu profitable à la sécurité sociale.
En définitive, les fins de mois seront plus difficiles pour elle que pour lui. L’égalité de leurs salaires n’y changera rien, ce sont les circonstances qui modifient le résultat. Dans ce cas-ci, pour définir le seuil de tolérance, il faudrait prendre, non les besoins du manutentionnaire de Lodève, mais ceux de la manutentionnaire de Marseille. Le choix de vie étant financièrement plus favorable au manutentionnaire de Lodève qu’à la vendeuse de Marseille. Vous direz : elle pourrait habiter Lodève. Mais si tout le monde va habiter Lodève, Lodève deviendra Paris. Et les habitants de Lodève n’ayant pas la même vie sociale que ceux de Paris ont droit aux compensations du lieu choisi.
Pour les statistiques, la manutentionnaire de Marseille est au-dessus du seuil de pauvreté, de 228 €. Elle touche le SMIC et pourtant…. Il n’est pas difficile de comprendre qu’elle ne peut que survivre ayant atteint son seuil de tolérance. Grâce aux aides cumulées de l’État et des associations, elle n’aurait pas intérêt à travailler, mais s’enfoncera de plus en plus dans la survie et la dépression. Pour qu’elle puisse avoir le même niveau de vie que le manutentionnaire de Lodève, il faudrait que son revenu mensuel soit au minimum de 200,00€ supérieur.
(1) https://clameur.fr

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