Le pouvoir d’achat Vs le pouvoir d’acheter

Les idées reçues portées sur les statistiques se diffusent à travers les médias et occultent la vérité du terrain. La réalité vue « d’en bas », bien différente des idées propagées est celle vécue par environ 58% de Français qui peinent au travail pour un salaire en dessous du revenu médian. Ceux dont les fins de mois sont difficiles, et où pour 14% d’entre eux, les fins de mois commencent le cinq. (1)

Un excellent travail de l’INSEE  nous donne des statistiques sur l’évolution de la société française depuis 40 ans : démographie, évolution du temps de travail, mobilité sociale, inégalités de niveau de vie et redistribution, opinions et préoccupations des Français, mais malgré cet excellent travail, ce sont des statistiques donc des moyennes qui ne prennent pas en compte le pouvoir d’acheter

Effectivement, si la courbe du pouvoir d’achat (3) a augmenté pendant des années, et continue, malgré l’inflation, d’augmenter pour certains gros salaires, elle ne tient pas compte des situations individuelles. Pour les Smicards, et ceux qui ont un revenu en dessous, le « pouvoir d’acheter » n’est plus en rapport avec le pouvoir d’achat. Mise en cause : les prix des loyers malgré les aides personnalisée au logement (APL) (4), la « dépendance » au numérique et aux énergies et…. les normes sécuritaires. On ne peut tout payer, le loyer ou l’achat de la maison qui doit maintenant être aux normes sécurité incendie, accessibilité, électricité, gaz, thermique …. les intérêts des crédits, l’alimentation si possible bio, la mutuelle « obligatoire », les transports, l’entretien et les réparations de la voiture, les assurances, les impôts, prévoir la retraite, les vacances, et même le petit resto où l’on aimerait bien manger de temps à autre entre amis. (5) Nous sommes contraints la plupart du temps à dépenser plus que nous gagnons, parce que nous avons ajouté à nos besoins de base, dont se contentaient nos aïeux, des besoins qui sont devenus indispensables et qui coûtent chers, justifiés par l’éloignement du lieu de travail ; voiture, accès à Internet, et matériels allant avec, devenus obligatoires pour travailler. C’est pourquoi nous avons l’impression, et ce n’est pas seulement une impression que notre pouvoir d’acheter s’amenuise.

La réalité d’un smicard, d’un RSA ou d’un revenu identique, n’est pas la même que celle des gros salaires. Elle les oblige pour les plus démunis à faire leurs courses aux Restos du Cœur, à l’épicerie solidaire, à recourir au découvert bancaire plombant encore plus leur budget en payant des agios, à vivre dans des immeubles vétustes parce qu’ils ne peuvent se payer les loyers du neuf, à se vêtir dans des friperies ou avec du made in China bon marché, à manger des légumes nourris aux pesticides et à devenir des ….sans -dents ! Cette France des bas salaires 1 représente 25% des Français touchant moins de 1500 euros nets par mois, 2 dont 10% moins de 1 000€ par mois.

Les différents niveaux de vie permettent d'identifier plusieurs catégories de population.<br />
INSEE, portrait social 2017

Les différents niveaux de vie permettent d’identifier plusieurs catégories de population.

INSEE, portrait social 2017 (4)

Si en 2021, le gouvernement a commencé à reconnaître une inflation (5) avec l’augmentation des énergies, pendant toute l’année 2019, nous avons entendu que notre pouvoir d’achat augmentait. Difficile à croire alors que l’on avait de plus en plus de mal à finir le mois. Pendant l’année 2020, l’épargne des Français aurait augmenté de 142 Md, mais de quels Français ? Certains sociologues élevaient quand même la voix pour signaler que les plus pauvres d’entre nous dont les enfants mangeaient à la cantine à midi ne s’en sortaient plus à cause du budget nourriture en augmentation. Vérité ou mensonge ? En réalité, ce sont toujours les mêmes personnes qui n’arrivent pas à boucler la fin du mois, pas seulement ceux qui ont des enfants, (ils ont fait des économies sur d’autres enveloppes), mais tous ceux qui allaient aux Restos du Cœur. Et malheureusement ils sont de plus en plus nombreux.

Les calculs de l’INSEE, prêtent à confusion parce qu’ils sont une moyenne, que ce soit pour les loyers, l’alimentation, l’électro-ménager ou les dépenses courantes. « La part des loyers dans l’IPC, 8 % en 2018, correspond à la part de ces dépenses dans l’ensemble de la consommation des ménages. Il s’agit d’un taux moyen, calculé pour tous des ménages, qu’ils soient locataires ou propriétaires : pour les locataires, qui représentent 40 % des ménages environ, ce taux est de l’ordre de 20 %, et pour les propriétaires, 60 % des ménages, il est par définition nul. En conséquence, ce chiffre de 8 % est bien inférieur au poids des loyers dans le budget des ménages locataires ». (6) Or, pour tout smicard, un loyer représente facilement 30% de son salaire, (sans les APL, auxquels tous n’ont pas droit) si ce n’est parfois plus.

Le progrès a ajouté des outils de communication et de confort à notre vie quotidienne, qui maintenant sont obligatoires pour avoir accès à l’administration et à l’emploi tels Internet et téléphone portable, ordinateur, imprimante. Ajoutons-y les appareils ménagers, la télévision, les appareils connectés, qui eux ne sont pas obligatoires. Aujourd’hui, personne ne comprendrait qu’on ne possède pas réfrigérateur et chauffe eau. Quand aux propriétaires, l’obligation de mettre leur logement aux normes climatiques occasionne, malgré les aides de l’État, des dépenses conséquentes. Nos besoins « obligatoires et/ou indispensables », augmentent de ces faits, plus vite que les salaires. Pour certains d’entre nous, surfant sur des temps partiels, des mi-temps, des indemnités de chômage, les fins de mois sont encore plus aléatoires.

Pour que le taux de croissance continue à augmenter plus que nous ne pouvons acheter avec nos salaire, on constate:

  • La Banque baisse les taux de crédit. Le consommateur a donc tendance à emprunter, ce que lui permettent facilement les magasins, les banques, les organismes de crédit. C’est oublier que le crédit à lui aussi un coût qui augmente d’autant le prix réel du produit acheté, et l’emprunteur arrive vite au surendettement. Intérêts qui ne sont pas pris en considération par l’INSEE dans le calcul du pouvoir d’achat.
  • L’obsolescence des appareils ainsi que la mise sur le marché à grands renforts de publicité de nouveaux produits.
    Notre inconscient aussi est responsable. La société nous conditionne pour nous conduire à un comportement compulsif d’achats et non de réparation et d’entretien. On ne reprise plus une paire de chaussettes, on en achète une autre etc…. Une paire de chaussettes reprisées « ça craint » comme disent nos ados.
  • Indirectement le prix de l’immobilier des grandes métropoles, lié à l’obligation d’aménager une existence éloignée du lieu de travail (transports, garde d’enfants le temps qu’un parent puisse le récupérer, cantine, appareils connectés) crée des frais supplémentaires.

En 2015 Michel Sapin disait : “Le pouvoir d’achat des Français s’est amélioré même s’ils ne s’en rendent pas compte.” Ce ministre avait un grand sens de l’humour politique. Il avait confondu pouvoir d’achat et pouvoir d’acheter.

Alors ? Un pouvoir d’achat pouvait-il-il être au rendez-vous, aussi minime était-il et que nous ressentions le contraire ?

L’INSEE a raison et nous aussi. Si la théorie est une chose, la pratique en est une autre. Depuis le début des années 2000, on a confondu le pouvoir d’achat et NOTRE pouvoir d’acheter et ce n’est pas un ressenti comme le dissent gentiment des journalistes, mais une réalité. Un pouvoir d’achat peut augmenter et NOTRE « pouvoir d’acheter » baisser. Cette divergence de conception s’explique par des phénomènes insidieux et trompeurs, qui nécessitent une explication.


(1) https://actu.fr/societe/etes-vous-riche-ou-pauvre-calculez-la-part-de-francais-qui-gagnent-plus-ou-moins-que-vous_44767011.html

(2) https://www.horizonspublics.fr/economie/linsee-decrypte-les-mutations-de-la-societe-francaise#:~:text=En%20quarante%20ans%2C%20la%20société,depuis%20la%20crise%20de%202008.

(3) https://www.insee.fr/fr/statistiques/2830166

(4) ttps://www.20minutes.fr/economie/2173215-20171121-quoi-ressemble-francais-moyen-insee-dresse-portrait

(5) L’inflation est la perte du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix.
(6) https://www.insee.fr/fr/information/3707563#:~:text=Il%20s%27agit%20d%27un,chiffre%20de%208%20%25%20est%20bien
https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/finance-perso/revenus/pouvoir-dachat/evolution-du-pouvoir-dachat/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Indice_français_des_prix_à_la_consommation

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