Pouvoir d’achat  – Pouvoir d’acheter

Si l’on en croit cette maxime de Patrick Louis Richard « Les gens à fort pouvoir d’achat ne sont pas ceux qui dépensent le plus », on pourrait penser que ceux qui ont un petit pouvoir d’achat, sont des paniers percés ou encore qu’ils ont un trou dans la main.

Il a déjà été dit à pas mal de reprises que les personnes ayant de maigres revenus ne savent pas gérer un budget, bref, que c’est de leur faute si la fin du mois commence le 5.

Pourtant, la réalité est bien plus nuancée. Si l’on regarde de plus près, il est intéressant de noter que le pourcentage de dépenses varie en fonction des revenus. Ainsi ceux avec des revenus modestes dépensent proportionnellement plus pour certains postes que ceux ayant des revenus plus élevés pour les mêmes postes.

Les statistiques (toujours elles) évaluent le pouvoir d’achat. Mais évaluent-elles notre pouvoir d’acheter ?

Pour mieux comprendre commençons par les définitions officielles.

Définition du pouvoir d’achat

Le site gouvernemental nous donne cette définition du pouvoir d’achat : (1)

Le pouvoir d’achat correspond à la quantité de biens et de services qu’un revenu permet d’acheter. Le pouvoir d’achat dépend alors du niveau du revenu et du niveau des prix. L’évolution du pouvoir d’achat correspond donc à la différence entre l’évolution des revenus des ménages et l’évolution des prix. Si la hausse des revenus est supérieure à celle des prix, le pouvoir d’achat augmente. Dans le cas contraire, il diminue.

Pour mieux rendre compte de l’évolution du pouvoir d’achat des Français, l’Insee utilise la méthode des unités de consommation (UC). Chaque ménage est composé d’un certain nombre d’UC.

  • Le calcul des unités de consommation
  • Le premier adulte compte pour 1 UC
  • Chaque personne de plus de 14 ans supplémentaire compte pour 0,5 UC
  • Chaque enfant de moins de 14 ans compte pour 0,3 UC

Par exemple : un ménage composé d’un couple, d’un adolescent de 16 ans et d’une enfant de 10 ans comptabilise 2,3 UC (1 UC pour le premier parent, 0,5 UC pour le deuxième parent, 0,5 UC pour l’adolescent et 0,3 UC pour l’enfant).

Le revenu disponible

Pour calculer le pouvoir d’achat des ménages, il faut prendre en compte le revenu disponible des ménages, c’est-à-dire les revenus d’activité, augmentés des prestations sociales reçues et diminués des impôts versés.

Les revenus d’activité peuvent être :

des revenus du travail (salaires pour les salariés, honoraires pour les professions libérales, revenus des artisans, des commerçants et des entrepreneurs) ;
des revenus de la propriété (intérêts, dividendes, loyers perçus…).

L’évolution des prix

L’indice des prix à la consommation calculé par l’Insee permet d’estimer entre deux périodes données la variation du niveau général des prix des biens et services consommés par les ménages. L’évolution des prix à la hausse correspond à l’inflation qui mesure la variation moyenne des prix des produits (biens et services) consommés par les ménages.

Par exemple, en 2012, le pouvoir d’achat des ménages français a baissé pour la première fois depuis 30 ans : – 0,4 % par rapport à 2011. Calculée par unité de consommation, la baisse atteint 1 %. Deux principales raisons sont avancées : le ralentissement des salaires et la hausse des prélèvements obligatoires. Concrètement, la baisse du pouvoir d’achat en 2012 s’est traduite par une très légère diminution de la consommation et un ralentissement de l’épargne.

Définition du pouvoir d’acheter

Aucune définition trouvée. Or, cette notion est plus qu’importante pour comprendre ce qui a provoqué la colère des Gilets Jaunes fin 2018 et les manifestations contre le nouveau régime des retraites. Seuls les sites financiers donnent une définition du reste à vivre, « Le reste à vivre, une valeur fondamentale dans l’obtention d’un crédit immobilier. Obtenu en soustrayant vos charges de vos revenus, le reste à vivre représente l’argent qu’il vous restera après le paiement de vos dettes » (2)

Or, le reste à vivre n’est pas le pouvoir d’acheter.

On pourrait donner comme définition : Ce que la société vous contraint à acheter pour pouvoir travailler, se déplacer, se loger, ainsi que les charges obligatoires en assurances et mutuelles. Ensuite et seulement ensuite vient le reste à vivre pour manger, se vêtir, se soigner, se former et profiter de quelques loisirs. Cette notion dépasse largement le simple montant disponible après les charges obligatoires, car elle reflète le véritable potentiel de consommation d’un individu dans son quotidien.

Le pouvoir d’acheter aujourd’hui n’est pas le même qu’en 1950

Les Français sont accusés d’immobilisme en étant des Gaulois réfractaires à toute réforme. Or, la société autant que les besoins ont évolué, et bien des choses ont changé, la révolution de mai 68 qui a « fait valser les soutiens-gorge par-dessus les balcons », les lois de décentralisation de 1982 et l’élargissement de l’Europe de 6 pays à 28, puis 27 en 2020. Parallèlement à ces changements institutionnels, des avancées technologiques et sociales se sont également produites :

  • La liberté de circulation des marchandises et des voyageurs à travers l’Europe
  • La rapidité des transports.
  • L’informatique, l’IA et la robotique accélèrent l’émergence d’autres découvertes.
  • Une information qui nous parvient depuis les antipodes au moment où elle est émise par l’intermédiaire des réseaux sociaux, des médias, du Web, de la satellisation.
  • La médecine qui permet à plus de personnes de vivre plus longtemps, passant de 69,2 années pour les femmes et de 63,4 années pour les hommes en 1950 à 84,8 années pour les femmes et 78,2 années pour les hommes en 2011. (3)
  • La prise en charge par les femmes de leur fécondité.

Bien que les besoins fondamentaux tels que se nourrir, se loger et se soigner demeurent, ils ont évolué en fonction du progrès technique, des réglementations et des normes. Au début des années 50, nos aînés se contentent d’un appartement sans salle de bains, seulement un lavabo dans un coin, des WC sur le palier, des loyers bloqués, 3 des légumes de saison, on lavait à la main les couches ( “appelées pointes” ) et les serviettes hygiénique jusqu’en…1963… 4 L’emploi est près de chez eux. Le téléphone, un luxe que seule la bourgeoisie possède et l’on sort pour appeler depuis une cabine téléphonique ou dans un bar. Ils viennent de traverser une guerre avec tout ce que cela comporte de sacrifices et de restrictions. Ils respirent, moins angoissés. Ils réparent, ils raccommodent, ils transforment. Parce qu’ils sont encore dans l’angoisse des rationnements, ils gardent « parce que cela peut servir un jour ». Leur pouvoir d’acheter est en relation avec leurs besoins et leurs envies. Le crédit n’est pas entré dans les mœurs. Nous ne sommes pas encore entrés dans la société du jetable que les industriels nous imposent pour satisfaire leurs actionnaires. Nous ne sommes pas encore passés à la civilisation de l’éphémère et à la société de consommation.

Certains diront que la situation était plus « écologique » parce que moins de transports, de machines électriques, plus de consommations locales, de recyclage multiplié par moins de démographie, elle était loin d’être satisfaisante au niveau hygiène, bien être et … confort. Regarder ce reportage ce n’était pas vraiment le paradis.