L’économie duale : un modèle à revisiter à l’ère des réseaux sociaux

Selon Arthur Lewis (économiste des années 50), l’économie duale désigne une structure économique où coexistent deux systèmes de production distincts : un secteur moderne et un secteur traditionnel. Ce modèle, introduit par l’économiste Arthur Lewis en 1954, explique comment le secteur industriel peut se développer en interagissant avec le secteur agricole, en soulignant l’importance de la migration de la main-d’œuvre de l’agriculture vers l’industrie.

Secteur moderne (secondaire et tertiaire) : En général, plus productif, utilisant des technologies avancées et générant des salaires plus élevés. Cela inclut des secteurs comme l’industrie automobile, les services financiers, ou encore les technologies de l’information.

Secteur traditionnel (primaire) : Souvent moins productif, basé sur des méthodes de production anciennes et générant des salaires plus bas. On y trouve l’agriculture familiale, la pêche artisanale, ou encore les ateliers de couture traditionnels.

Cependant, à l’heure actuelle, un quatrième secteur (1) fait son apparition, en lien avec le numérique et l’innovation. Ce secteur est désormais au cœur de nombreuses transformations, notamment grâce à l’essor des réseaux sociaux et des plateformes numériques, qui redéfinissent nos modes de consommation et de production.

Au fur et à mesure de l’évolution de l’économie, cette dernière peut passer d’un modèle productif à un modèle plus intégré. Tout comme les “Nains de Jardin” ont mis en lumière la nécessité de combiner l’économie productive, axée sur la production de biens et services, avec une “économie contributive”, le modèle de Lewis peut servir de cadre pour comprendre qu’à un moment donné, l’émergence d’une économie complémentaire devient nécessaire et doit être prise en compte.

Les nombreux sites du Web jouent un rôle crucial dans cette transformation. Ils agissent comme catalyseurs en favorisant l’échange de biens, de services et d’idées entre consommateurs et producteurs, tout en incitant à une consommation plus responsable.  Ils permettent aux entreprises de repenser leurs processus de production et de distribution de manière plus durable, tout en renforçant la résilience des communautés face aux crises économiques et environnementales. Les plateformes numériques comme « Le Bon Coin » ou encore « BlaBlaCar » et « Mobicco » facilitent également la mise en relation des individus et des organisations pour favoriser la réparation, la réutilisation et le recyclage, pierres angulaires de l’économie circulaire. 

À travers cet écosystème numérique, les réseaux sociaux favorisent une prise de conscience collective des enjeux liés à la surconsommation et à la gestion des ressources. (2) Ils encouragent des modèles de consommation plus durables et participatifs, qui viennent renforcer l’économie circulaire en s’appuyant sur une logique de partage et de réutilisation. Ainsi, l’économie circulaire n’est pas seulement un modèle économique, mais également un vecteur de résilience face aux défis actuels.

Aujourd’hui, les questions du changement climatique et de la démographie deviennent plus urgentes que jamais. Alimentées par le Web et la dynamique des réseaux sociaux, elles nous poussent à réinventer nos modes de production et de consommation, et à adopter une approche plus responsable, durable et circulaire.

Une économie complémentaire : réinventer le modèle de Lewis en intégrant l’économie circulaire, la robotisation, l’IA et le travail invisible

Les économies circulaire et contributive partagent des objectifs communs mais font face à plusieurs obstacles qui les empêchent de se fusionner en un seul modèle cohérent. Chaque modèle met l’accent sur des priorités distinctes : l’économie circulaire cherche avant tout la durabilité environnementale, tandis que l’économie contributive se concentre sur le bien-être social. Ces différences rendent difficile la création d’une vision unifiée pour réindustrialiser la France et améliorer le bien-être social des citoyens.

Pour surmonter ces obstacles, il devient impératif de repenser ces différents modèles et de fusionner leurs valeurs. Chacun de ces modèles présente des perspectives essentielles qu’il ne faut pas négliger, mais il est nécessaire de les adapter à la réalité contemporaine, marquée par l’essor de la robotisation, de l’IA générative et de l’économie circulaire.

L’économie actuelle, principalement fondée sur la production industrielle, valorise la création de valeur uniquement dans l’espace productif, récompensée sous forme de salaires et d’émoluments. Elle reconnaît également la prise de risque des détenteurs de capitaux. Pourtant, la création de valeur dans l’espace contributif, celui où se jouent des activités comme le bénévolat, l’entraide ou le soutien familial, devient un facteur clé d’attractivité et de prospérité pour la société.

Cependant, la création de valeur dans l’espace contributif diffère grandement de celle de l’espace productif. Là où la productivité industrielle est mesurable, la valeur générée par l’engagement des bénévoles, des aidants ou des parents, par exemple, n’est pas quantifiable de manière immédiate. Elle se révèle avec le temps, par des bénéfices indirects comme la cohésion sociale, la santé communautaire, ou encore l’inclusion. Il est donc crucial d’innover pour intégrer et récompenser ce travail invisible.

Le développement de la robotisation et de l’intelligence artificielle (IA générative) pourrait être un levier important pour soutenir cette évolution. La robotisation permet de libérer des tâches répétitives et d’intensifier la production de biens et de services, mais elle peut aussi jouer un rôle crucial dans l’économie circulaire en optimisant la gestion des ressources, le recyclage et la réduction des déchets. L’IA générative, quant à elle, pourrait favoriser la création de solutions nouvelles pour la gestion durable des ressources, tout en soutenant l’innovation dans des secteurs comme l’agriculture, l’énergie ou l’artisanat.

 

Référence :

(1) https://www.vie-publique.fr/fiches/269995-les-grands-secteurs-de-production-primaire-secondaire-et-tertiaire

(2) Ils sont d’ailleurs le nouveau champs de bataille de l’intelligence économique et des guerres d’influence

Image générée par l’IA  ARIA d’Opéra