Geneviève Bouché (1) a proposé la notion d’économie contributive pour la première fois en 2010 au sein du think tank “les nains de jardin”. Cela a marqué le début d’une réflexion plus large sur ce modèle économique. À l’époque, des écologistes cherchaient des solutions pour sortir de l’économie linéaire, un modèle basé sur l’extraction, la production et la consommation, souvent au détriment de l’environnement.
Bien que ce laboratoire d’idées n’ait pas trouvé de réponse définitive, il a mis en lumière un concept crucial : la nécessité de combiner :
L’économie productive, dédiée à la satisfaction des besoins primaires des personnes, basée sur la production de biens et services,
avec une “économie contributive”, dédiée au développement du vivre ensemble, qui valorise les contributions des individus à la société.
L’économie contributive repose sur l’idée que la compétitivité d’une nation dépend de plus en plus de la créativité, de la réactivité et de la qualité du capital humain de ses citoyens.Pour atteindre ce niveau de performance, il est essentiel de favoriser un “vivre ensemble” de haute qualité, en encourageant les citoyens à investir du temps et de l’énergie dans :
- Le développement personnel et collectif : S’engager dans la famille, la culture, le savoir, la démocratie.
- La résolution des défis communs : Participer à la résolution des conflits sanitaires, juridiques et environnementaux.
L’économie contributive met l’accent sur la valeur des contributions individuelles et collectives à la société, en reconnaissant que la prospérité ne se limite pas à la production de biens matériels. Elle inclut l’actuel « travail invisible », (2) non monétisé et pourtant essentiel au bon fonctionnement de la société.
L’idée est que chaque individu, quel que soit son rôle, est un atout précieux pour la société, à condition que celle-ci lui accorde la possibilité de les mettre en valeur. Dès lors, toute forme d’engagement mérite d’être reconnue et soutenue.
En d’autres termes, la valeur d’une personne ne se mesure pas uniquement par son apport économique, mais aussi par sa contribution à la vie sociale et collective.
Prenons des exemples concrets :
Dans la société complexe dans laquelle nous vivons, l’éducation d’un enfant ne se limite pas à sa scolarisation, mais à tout ce que vont lui enseigner ses parents, et à tout le soin qu’ils prendront de lui. Ce « travail » d’éducation est invisible aux yeux de tous, mais nécessaire à la société, car c’est lui qui fera de l’enfant un adulte intégré dans celle-ci.
Le Dispositif “Petits Piétons” : Sécuriser les Traversées Scolaires grâce aux Seniors. Des Missions au Service de la Sécurité et du Lien Social. Un exemple marseillais. Les missions sont confiées à des retraités. Reconnus par leur chasuble jaune, ces bénévoles régulent la circulation aux passages piétons en brandissant un panneau “Stop École” afin de garantir l’arrêt des véhicules. Ils sensibilisent également les enfants aux bonnes pratiques de la sécurité routière. Au-delà de la prévention des risques, ce dispositif vise aussi à renforcer les liens intergénérationnels entre les aînés et les jeunes Marseillais, contribuant ainsi à une ville plus solidaire et bienveillante.
Sur le plan anthropologique, cette évolution est inéluctable :
- L’ère industrielle a permis de satisfaire les besoins primaires du plus grand nombre, même si des progrès restent à faire.
- À présent, les citoyens sont intéressés à développer un vivre ensemble de haute qualité. Ce sont les générations montantes qui le souhaitent et qui vont le faire.
L’économie contributive est un modèle économique qui invite à repenser le rôle des individus dans la société et à valoriser les contributions qui vont au-delà de la simple production et de la consommation. C’est un modèle qui s’inscrit dans une vision plus durable et plus humaine du progrès.
Références
(1) Geneviève Bouché a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet, notamment Économie productive, économie contributive : Outils de gouvernance pour le troisième millénaire, où elle explore les synergies entre ces deux modèles économiques et leur pertinence dans le contexte actuel.
(2) Travail des parents envers leurs enfants et leurs aînés, dans les associations via le bénévolat ou le volontariat. Pour le moment, il représente plus de 46 % de la valeur crée dans notre économie. Avec la rationalisation de notre manière de produire et de consommer, il devrait représenter environ 75 % de la valeur ajoutée.
Image générée par l’IA ARIA d’Opéra

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