On entre dans le vif du sujet
Si tout se tient, un rien entraîne l’effet « domino » et a des conséquences considérables. De plus en plus de personnes se demandent si le travail, tel que le management des entreprises le pense et l’applique, a encore un sens. Cette question prend une acuité particulière à une époque où les entreprises peinent à trouver des « moutons à cinq pattes », c’est-à-dire des profils polyvalents et hautement qualifiés.
Le numérique nous a-t-il rendus dépendants économiquement ?
Que nous le voulions ou non, l’économie est devenue numérique, voire virtuelle. Or, qui dit numérique, dit mondialisation. L’informatique s’est imposée à tous les niveaux de notre quotidien, au point que nous ne pouvons plus nous en passer : administrations, commerce, communication… tout passe désormais par le Net. Ce qui n’était à l’origine qu’un outil s’est transformé en un mode de vie. Mais que se passerait-il en cas de panne électrique prolongée ou de destruction des satellites, comme la Russie (1) a démontré en avoir la capacité ? Que ferions-nous face à un sabotage massif des câbles optiques et des serveurs ? Le coût de cette dépendance est illustré par Elon Musk lui-même lorsqu’il pose la question du financement et de la protection de Starlink, (2) utilisé en Ukraine. Vingt millions de dollars par mois ! Aujourd’hui, serveurs et logiciels appartiennent à quelques grands groupes privés capables d’exercer un contrôle total sur notre accès à l’information et aux services essentiels. Jean Latreille, ( 3 ) Agrégé de Sciences Économiques et Sociales, résume bien le dilemme dans un article sur LinkedIn à propos des énergies fossiles : « Si l’on regarde de près ce que sera un monde sans fossiles, l’après-croissance ne sera convivial que si nous acceptons de composer avec nos frustrations d’addicts à la surconsommation. »
Le numérique est au cœur de cette surconsommation. Il ne se contente pas de consommer des ressources pour son propre développement ; il nous pousse également à consommer toujours plus. Avec Amazon, Alibaba ou Netflix, nous avons accès en permanence à une offre illimitée de produits et de divertissements. Ajoutez à cela l’idée d’un revenu universel et l’équation semble se résoudre d’elle-même :
« Donnez-leur du pain et des jeux, et ils suivront aveuglément les lois des seigneurs. »
Prévoir une panne mondiale impose de réfléchir à une économie capable de fonctionner indépendamment du numérique. Les seuls pays encore peu connectés seront alors les mieux armés pour s’en sortir. Nous devons dès maintenant envisager un plan B, un système de secours qui puisse prendre le relais immédiatement. Revenir à une économie indépendante du numérique ne signifie pas rejeter la technologie, mais l’utiliser différemment et éviter une dépendance totale.
Une économie en perpétuelle mutation
Le monde évolue rapidement, chamboulant l’industrie, le commerce et notre mode de vie. La lutte contre le changement climatique et la remise en question des énergies fossiles remodèlent nos sociétés. L’économie, quant à elle, n’est pas une science exacte et ne peut l’être. Pourtant, nos institutions restent figées dans des schémas hérités des théories keynésiennes, appliquant des solutions apprises à l’école sans tenir compte des bouleversements en cours. Malgré des réformes successives, aucune n’a pris en compte l’ampleur de la révolution numérique. Par peur des réactions populaires et par manque de vision, nos gouvernements se sont contentés de mesures superficielles, souvent inefficaces. Nous sommes en guerre, a déclaré le Président E. Macron. (4) Une guerre économique, physique et psychologique. Une guerre contre la stagnation économique, qui creuse une dette abyssale. Une guerre contre le changement climatique, qui nous dépasse. Une guerre contre la pauvreté, qui, par un effet de vases communicants, enrichit une minorité. Enfin, une guerre oubliée contre le terrorisme, dont aucun traité de paix n’a encore et ne sera jamais signé. Si cette guerre a un avantage, c’est qu’elle offre l’opportunité de prendre des décisions radicales sans attendre des années de tergiversations. C’est l’occasion de réformes profondes et nécessaires pour bâtir un avenir plus résilient.
De quelle économie parle-t-on ?
L’économie est souvent définie comme « la science qui étudie comment des ressources rares sont employées pour satisfaire les besoins des hommes vivant en société ; elle s’intéresse aux opérations essentielles que sont la production, la distribution et la consommation des biens, ainsi qu’aux institutions et aux activités » (E. Malinvaud). ( 5) Cependant, cette définition ne prend pas en compte certains aspects fondamentaux, comme la santé, l’instruction ou encore le travail invisible des bénévoles. La santé, bien qu’étant un secteur économique générant des produits et des services, reste avant tout un indicateur du bien-être des citoyens. L’instruction, quant à elle, constitue la base du développement économique en formant les futurs travailleurs et en préparant leur contribution productive. Ces éléments sont des investissements essentiels pour une société prospère. De la même manière, l’économie circulaire, souvent présentée comme une alternative durable, vise à réduire le gaspillage et la consommation de ressources en favorisant le recyclage et la réutilisation. Toutefois, cette définition ne met pas suffisamment en avant l’importance d’une économie locale et d’une relocalisation de la production.
Croissance ou décroissance ?
La question de l’orientation économique divise les experts. D’un côté, la croissance économique repose sur l’augmentation de la production de biens et services, mesurée notamment par le PIB. De l’autre, la décroissance remet en cause le postulat selon lequel l’accumulation des richesses améliore le bien-être social, prônant plutôt une réduction de la production pour préserver l’environnement. Aucune de ces approches ne semble totalement adaptée aux défis
Références
(2) https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1984053/pentagone-starlink-ukraine
(3) https://www.linkedin.com/in/jean-latreille-70488312b/
(5) https://public.iutenligne.net/economie/liebeaux/HPE-20071005/HPE/introduction/index.html

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