Un tour de passe-passe légal expliquerait peut être notre désamour envers ceux que nous avons élus.

La désaffection des électeurs pour les partis, l’abstention lors des votes, le manque d’adhérents chez les syndicats montrent bien que quelque chose ne va pas. Nous votons pour des partis qui nous présentent LEURS idées. Des idées qui ne correspondent pas ou plus aux nôtres. Alors que faire ? Pour qui voter ? Beaucoup d’entre nous votent une sanction en élisant une personnalité aux opinions opposées à ceux qui sont en place, ce qui ne veut pas dire qu’ils soient d’accord non plus avec celle-ci.

Ceci explique le peu de popularité et de confiance que l’on accorde à nos élus. Lorsqu’un président de la république est élu au premier tour avec 18% des inscrits et non des votants, comment voulez-vous qu’il ne soit pas contesté ? Un tour de passe-passe constitutionnel lui a donné la légitimité du 50% plus une voix grâce au second tour et au retrait des autres candidats. Dans beaucoup d’esprits on a choisi la peste au lieu du choléra. Le Président Jacques Chirac a ainsi été élu par la gauche, pour que le représentant du Front National ne puisse accéder au poste suprême. Depuis les électeurs semblent appliquer ce principe. Comme nos députés sont élus de la même manière, ils ne représentent pas vraiment les différentes opinions du peuple, ce qui fait que nous leur trouvons du coup, tous les défauts. Ce sont des incapables, des élites (hé oui, maintenant cela devient un défaut et un gros mot) ils gagnent trop et ne font rien, ils obéissent au gouvernement, on en passe et des meilleures.

Trouvez-vous normal qu’une liste élue aux municipales avec 53,63% des voix ait 26 élus, et que les deux autres listes totalisent ensemble sept élus, alors qu’elles totalisent 46,35 % ? Ne trouvez-vous pas qu’il y a un certain nombre de citoyens qui ne sont pas représentés au conseil municipal ? C’est ce qui se passe pour toutes les majorités élues avec un petit peu plus de 50% des voix, alors que proportionnellement le compte n’y est pas.

Trouvez-vous normal que nos députés ne représentent pas réellement les opinions des électeurs ? Bien qu’élus par circonscription, nos députés sont des élus nationaux, non des élus locaux, pourtant ils ne représentent pas réellement la cartographie des opinions de nos concitoyens. Chaque découpage étant pensé par le gouvernement en place, en fonction du nombre d’électeurs, mais aussi de statistiques espérant ainsi garder la majorité. De plus comment peuvent-ils être nos représentants, puisque nous ne votons pas pour nos idées, mais pour les leurs, qui sont celles d’un parti. C’est peut-être aussi pour cela que de plus en plus d’électeurs ont pris l’habitude de s’abstenir. La question se pose donc. L’Assemblée Nationale est-elle le miroir de l’opinion publique ? La représentativité de son élection n’est-elle pas la raison principale d’une incompréhension entre gouvernants et gouvernés ? Grâce au tour de passe-passe constitutionnel, la bipolarité installée, majorité contre opposition, dresse les Français les uns contre les autres, la gauche contre la droite, les politiques contre les syndicats.

En 1962, Pierre Mendès France, dénonçait déjà la bipolarité «La Vème République a inventé une arme d’une extrême perfidie, la bipolarisation. S’agit-il d’un référendum ? Il faut voter oui ou non. S’agit-il d’une élection présidentielle ? Il n’y a finalement que deux candidats. S’agit-il d’une élection législative ? Il n’y a que deux grandes coalitions. Le système trouve son avantage dans un pareil conditionnement de la vie politique. Mais du même coup il empêche tout débat sérieux et objectif sur les véritables problèmes ; il ramène tout à un affrontement des bons et des mauvais […] je n’ai pas l’intention de faire l’éloge des régimes précédents : je peux dire cependant qu’ils étaient au total beaucoup plus pédagogiques, c’est-à-dire en dernière analyse beaucoup plus démocratiques que le régime actuel. » Ne vaudrait-il pas mieux que toutes ou presque les idées soient représentées, qu’ils apprennent à discuter, à travailler en équipe, en respectant l’opinion de l’autre, en prenant ce qui est le meilleur dans chacun de nous, non en s’opposant par habitude, par obligation, en réponse à une question par oui ou non, ce qui est le résultat d’une question fermée, ou d’un vote. Le « oui ou le non … mais » à choix multiples, d’une consultation serait plus constructif que le oui / non d’un référendum. Les « ténors » de notre politique sont accrochés au système majorité / opposition pensant, que si la proportionnelle l’emporte la France est ingouvernable. Or, rien n’est moins démocratique, que la bipolarité, qui met « hors-jeu » plus de la moitié des français.

Pourquoi ne pas prendre en compte le vote blanc, pour les municipales et les législatives, puisqu’il est un rejet des électeurs pour les candidats qui se présentent. Pourtant, ces électeurs qui ont pris la peine d’aller voter et de mettre un bulletin blanc ne se désintéressent pas de la politique. Ils ont accompli leur devoir de citoyen. Pourquoi pénaliser leurs opinions ? Mais pour que le vote blanc ait une valeur il faut qu’il ait des représentants au Parlement. Pourquoi ne pas prendre en compte ce vote représentant la société civile ? Pourquoi ne pas le comptabiliser en pourcentage comme un vote ordinaire pour un parti ? Pourquoi selon certaines modalités à préciser, des citoyens ne seraient pas tirés au sort et ne siégeraient pas à l’Assemblée au même titre que les députés.

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