Le Cercle Sully s’est réuni le 21 octobre 2025 pour échanger sur la place et l’évolution de la formation, de l’alternance et de la transmission du savoir dans le contexte économique et social actuel. Cette séance visait à dresser un état des lieux des principaux enjeux et à proposer des pistes d’amélioration, en s’appuyant sur l’expérience des participants issus du monde de l’entreprise, de l’enseignement et de la jeunesse, et notamment de son invité Antoine de Couëssin membre de l’ANDRH
Trois acteurs du changement : entreprises, jeunes et écoles
Les débats ont mis en lumière le rôle déterminant de trois acteurs principaux dans la transformation du système :
- · Les entreprises, qui accueillent et forment les jeunes ;
- · Les jeunes eux-mêmes, moteurs de leur parcours ;
- · Les écoles, garantes de la qualité des enseignements et de l’accompagnement.
Les échanges ont souligné la nécessité d’une collaboration étroite entre ces trois pôles pour relever les défis de demain.
Valorisation de l’expérience acquise
La reconnaissance de l’expérience acquise, que ce soit en entreprise ou durant les études, a été identifiée comme un levier essentiel pour l’insertion professionnelle et la motivation des jeunes. Les participants appellent à une meilleure valorisation de ces parcours, notamment via des certifications ou des dispositifs de reconnaissance officiels.
Alternance vs apprentissage : distinctions et enjeux
Une clarification des notions d’alternance et d’apprentissage s’est avérée nécessaire. L’alternance recouvre l’ensemble des dispositifs combinant formation théorique et expérience professionnelle, tandis que l’apprentissage renvoie à un contrat spécifique, souvent tourné vers les métiers techniques. Chacun présente des atouts et des limites en matière d’intégration professionnelle et de montée en compétences.
Taux d’embauche des jeunes après alternance (45 %)
Il a été rappelé que le taux d’embauche des jeunes à l’issue d’un parcours en alternance s’élève à 45 %. Ce chiffre, bien qu’encourageant, met en relief la nécessité d’améliorer encore l’accompagnement et l’adéquation des formations avec les besoins du marché du travail.
Problèmes de R.O.I. et accompagnement en entreprise
Les entreprises expriment des difficultés à évaluer et à justifier le retour sur investissement (ROI) lié à l’accueil de jeunes en alternance, notamment en raison du temps et des ressources mobilisés pour leur formation et leur intégration. Un accompagnement renforcé et des outils d’évaluation adaptés pourraient contribuer à lever ces freins.
Problème d’honnêteté de la part de certains employeurs
Si certaines entreprises expriment des difficultés à justifier le retour sur investissement, d’autres dévoient le processus pour en faire un outil de recrutement low cost permettant de s’offrir de la main d’œuvre à bon marché. Un renforcement des procédures de contrôle pourrait limiter les transgressions, si lui-même n’est pas dévoyé pour justifier de ne plus avoir recours aux alternants.
Implication dans les stratégies RH et manque de moyens
Le manque d’implication des entreprises dans la construction des stratégies RH, ainsi qu’une insuffisance de moyens, ont été pointés comme des obstacles majeurs à une politique de formation ambitieuse. De nombreuses entreprises peinent à dégager les ressources nécessaires pour investir durablement dans la formation et l’accompagnement des jeunes.
Formation des professeurs : rapidité et limites
La formation rapide des enseignants, parfois dictée par l’urgence des besoins, soulève la question de la qualité et de la pérennité de l’accompagnement pédagogique. Les participants préconisent un renforcement des dispositifs d’appui et une formation continue des professeurs pour mieux répondre aux évolutions du secteur.
Transmission du savoir : enjeux anthropologiques
L’importance de la transmission intergénérationnelle du savoir a été soulignée, non seulement comme vecteur d’apprentissage, mais aussi comme fondement du lien social. La perte progressive de ce processus, au profit d’attitudes plus individualistes centrées sur l’ego, inquiète les membres du cercle, qui insistent sur la nécessité de restaurer ces échanges entre générations.
Adaptation à l’évolution technologique et formation continue
Face à l’évolution rapide des technologies, la formation continue devient indispensable pour tous les acteurs. Les entreprises, les écoles et les jeunes doivent s’adapter en permanence pour rester compétitifs et répondre aux exigences du marché. Ce besoin d’adaptation constante appelle à une révision des pratiques et des dispositifs de formation existants.
Fragilisation du système par les politiques actuelles
Les politiques publiques actuelles sont perçues comme participant à la fragilisation du système de formation et de transmission du savoir. Les membres du cercle regrettent un manque de cohérence et de vision à long terme, affectant la stabilité et l’efficacité des dispositifs.
Une meilleure préparation des jeunes
Quand les élèves recherchent une alternance, ils se mettent en posture de demandeur et mendient un contrat, ce qui va à l’encontre de leur intérêt en sachant que les entreprises ont une réalité économique, ce sujet a été traité dans un des points précédents notamment pour pointer le fait que certaines en abusent, ces jeunes devraient être formés à la posture « d’offreur de compétence » en proposant à l’entreprise l’opportunité de s’offrir un collaborateur efficace pour un coût moins élevé, avec l’opportunité de former un collaborateur motivé en l’intégrant dès ses études.
Conclusion et recommandations
En conclusion, le cercle Sully recommande :
- 1. De renforcer la collaboration entre entreprises, jeunes et écoles pour une meilleure adaptation du système aux réalités du terrain.
- 2. De valoriser davantage l’expérience acquise, en développant des outils de certification et de reconnaissance.
- 3. D’améliorer l’accompagnement des jeunes et des entreprises, notamment via des dispositifs de suivi et d’évaluation du ROI.
- 4. De soutenir la formation continue des enseignants et l’évolution des pratiques pédagogiques.
- 5. De restaurer la transmission intergénérationnelle du savoir, en favorisant les échanges et l’implication de tous.
- 6. De plaider pour des politiques publiques plus stables, cohérentes et ambitieuses.
Le cercle Sully poursuivra ses travaux lors des prochaines séances, en approfondissant notamment la question de l’innovation pédagogique et du lien entre formation et employabilité.
