Pourquoi avons-nous besoin d’un vrai commissariat au plan ?
Commissariat au plan : raison d’être et fonctionnement
Gérer un pays ne consiste pas seulement à faire fonctionner les institutions. Il faut aussi construire des stratégies à long terme pour préparer l’avenir. Par exemple pour les infrastructures, l’enseignement et la recherche, le pacte social, les relations internationales …etc.
Les décideurs ont donc besoin de disposer d’éléments qui éclairent les perspectives possibles afin de favoriser les perspectives souhaitables.
C’est la mission d’un commissariat au plan qui distingue 3 focales : le court, le moyen et le long terme.
Exploration du long terme
Le travail débute avec l’exploration du long terme. C’est le rôle des futurologues dont la base de réflexion repose sur l’idée que les souches de notre futur sont inscrites dans notre passé.
Ils ont deux approches complémentaires :
· La systémique :
o l’idée est que tout est relié dans le vivant. Pour faire des anticipations, il convient de modéliser les interactions entre les éléments les plus saillants. Ces modélisations permettent d’étudier l’incidence de certaines décisions.
o Le problème : les données disponibles ne sont pas toujours de bonne qualité, les algorithmes sont emprunts de biais cognitifs et ne savent pas signaler des incohérences. Mais surtout, cette approche ne peut pas anticiper les capacités d’évolution du vivant. Or, ils sont immenses !
· La cybernétique :
- o L’idée est que le vivant évolue sans cesse selon des processus qui commencent à être connus et des logiques qui peuvent être anticipés.
- o La méthode consiste à se tenir éveillé sur l’enrichissement permanent des connaissances en matière de sciences de la terre et de la vie et à se mettre à l’écoute des messages délivrés par les artistes et les innovateurs.
Orientation du moyen terme
Sur la base des travaux des futurologues, les prospectivistes peuvent cerner des orientations probables et en déduire des scénarios à moyen terme.
Ils définissent des scénarios souhaitables et les conditions à remplir pour les faire advenir.
Les décideurs peuvent alors orienter les politiques au regard de ces propositions.
Pilotage opérationnel à court terme
- Les prévisionnistes vont alors évaluer à court termes les moyens à mobiliser et les résultats que l’on peut en espérer.
- Ce travail est actualisé en permanence.
Conséquence de l’absence de commissariat au plan
Le protectorat américain
Au motif de surveiller le bon usage du plan Marshall, la France a été mise à la main des USA à travers les commissaires aux comptes issus de cabinets anglo-saxons pour ce qui concerne le pilotage de son industrie, mais également à travers d’autres moyens de pression exercés sur ses décideurs, dont l’accès au pétrole ou encore aux financements.
Les partis politiques ont été placés sous la coupe réglée de lobbyistes et de cercles d’influence qui se sont chargés de sélectionner et de formater les candidats.
La classe des héros de l’après-guerre a disparu, laissant un vide en matière de personnalités et de capacité d’anticipation : la classe dirigeante actuelle n’a pas connu de guerre militaire. Seulement des guerres économiques et d’influence. C’est-à-dire des guerres indolores et néanmoins dévastatrices au niveau de l’économie et du vivre ensemble.
C’est ainsi, par exemple que, faute de profondeur de réflexion, la désindustrialisation s’est faite avec seulement quelques grognements confidentiels et que de nombreuses erreurs économiques et sociales ont été commises par des dirigeants obsédés par le résultat à court terme et chiffrable.
Ce que l’on attend d’un commissariat au plan à présent
Avec la découverte du charbon, l’Europe, dont la France, a été le berceau historique de l’industrie. Avant, il y avait des artisans qui produisaient du sur mesure.
Elle a été la première à être confronté à l’obsolescence de ses usines et de ses méthodes de commercialisation. Les USA ont pris le relais, puis l’Asie, ce qui a aboutit à l’effondrement de notre industrie.
Ceci est vécu comme un drame qui aurait pu être évité. Mais, si les USA, puis la Chine, ont construit respectivement une industrie plus moderne, celles-ci amorcent le virage de leur propre obsolescence, car ils sont confrontés aux évolutions du climat, de l’énergie, du comportement des travailleurs et des consommateurs, de la géopolitique … etc.
La compétitivité exacerbée qui en résulte rend nos organisations ultraperformantes et donc de plus en plus fragiles.
Alors, la question pressante qui se pose à nous est donc de savoir ce qu’est un tissu entrepreneurial au 21ème siècle puis de le construire.
Effectivement, le tissu entrepreneurial qui se dessine est radicalement différent de celui du siècle dernier et encore plus de celui du 19ème siècle !
Le challenge n’est plus de construire des entreprises puissantes capables d’aller à la conquête du monde, mais un réseau d’entreprises à taille humaines, organisées dans un tissu entrepreneurial créatif et réactif.
Les commissaires au plan sont nécessaires pour éclairer les fondamentaux de cette évolution puis de construire des scénarios stratégiques déclinés en agenda opérationnel à court terme, prévisionnel à moyen terme et indicatifs à long terme.
Des solutions proposées
La mise en place d’un plan implique 2 actions concomitantes :
Une première action :
Une volonté politique qui imprime des lignes d’investissement, normalement issues des urnes sur les attentes de la population , et s’il y a plan, cela traduit une volonté de réaliser des infrastructures à usage collectif, tant pour les particuliers que les entreprises ou les services de l’État.
Le financement de ce plan, en lui-même pour évacuer l’aspect de la dette publique qui fait office d’épouvantail.
La dette publique (nationale) a un intérêt si elle sert à financer des moyens qui, au service des services utilisateurs rapportera de la richesse via les activités des opérateurs économiques, et, en ce cas, on considérera que c’est un investissement de l’état remboursé ou rémunéré par les redevances ou autres formes de taxes et l’enrichissement collectif de la nation.
Sur les fonds engagés dans le cadre d’un plan, la question sera l’accompagnement des opérateurs économiques dans la réponse aux attentes initiées par le plan, et que les engagements pris ne le soient pas à fonds perdus.
Cas classique, les opérateurs économiques interviennent en complément des investissements propres au plan motivés par des subventions et aides associées au plan, un système dual qui est hélas le cas général en France par une pseudo-réindustrialisation de circonstance où les aides sont un outil coûteux de maintien plus que de création d’activité.
Cas catastrophique, l’absorption des aides, comme vu dans des cas récents et significatifs de piraterie des concours d’état où les subventions versées disparaissent vers d’autres comptes et l’investissement souvent de reprise d’une activité existante n’empêchent pas la fermeture de la structure.
Cas de confiance, les opérateurs économiques se financent sur fonds propres, directement ou par concours bancaires, cas classique du modèle de confiance en la stabilité, constance et réalisme du plan, et en la vision des actions engagées leur permettant de mener à bien leurs opérations.
Une seconde action :
La capacité des opérateurs économiques à répondre sur les volets suivants :
- Disposer des ressources humaines, Cela signifie avoir en place ou à plus long terme former les populations à répondre aux attentes industrielles et commerciales attendues en réponse au plan. Un des avantages majeurs en France est (était) de disposer d’un niveau d’instruction très élevé (sauf en langues) appuyé sur une base générale forte et des formations techniques et scientifiques de pointe.
- Disposer de structures énergétiques fiables et continues avec un réseau de production et de distribution pouvant répondre facilement aux demandes et aux évolutions.
- Disposer de moyens divers pour assurer une sérénité des opérations : un système de santé efficace et peu cher, un climat de sûreté publique rassurant pour les opérateurs et incitant aux investissements dans une ambiance libérée. Bien que les coûts salariaux fussent élevés, cet argument fut un vecteur d’implantation d’entreprises étrangères en France.
- Mettre en place un climat social positif assurant un revenu aux personnels pour garantir un niveau de vie et de confort et une juste rémunération équilibrée entre travail et capital pour répondre aux attentes des investisseurs.
Un environnement fiscale et social cohérent, durable et fiable, ce qui demande
- La disposition des fonds privés à relayer l’action publique du plan
- Les investissements sur fonds propres, de par la nature de leur engagement, ils sont corollaires aux plans mais ne relèvent que d’une décision propre des opérateurs économiques en reconnaissance de la viabilité du plan et de la constance et cohérence.
La situation actuelle partiellement cause de la désindustrialisation tient de plusieurs points clés :
- L’outsourcing
- La volonté des entreprises françaises de trouver des partenaires de qualité “low-cost” notamment en Asie, avec un transfert de compétences vers des pays puissamment armés à dépasser les attentes des donneurs d’ordre mais pour leurs propres comptes.
Cas vécus, la SACM (Mulhouse) qui avait un superbe petit prestataire en Corée nommé Samsung Naval, et Alcatel dans les années 1998-1999 qui travaillait avec un “petit” opérateur chinois très docile, selon les cadres dirigeants, du nom de Huawei. Ceci a conduit à une désertification volontaire du tissus industriel français.
Un autre facteur fut l’augmentation des coûts du travail et du capital,
- Le coût du travail est issu d’une logique sociale (et pas socialiste) solidaire de soutien, répartition communautaire et d’assistance. Cette logique s’est développée à atteindre sa limite actuelle où pour soutenir des populations en précarité, nos dirigeants augmentent la charge sur les productifs. L’effet recherché est la paix sociale, jouable à court terme mais qui a fait long feu.
- L’option de réduire progressivement l’ensemble des coûts sociaux et fiscalité peut-être une option pour relancer une industrialisation “positive”, à condition d’assurer une stabilité à long terme des mesures, et s’assurer qu’elles sont appliquées et aussi réparties entre prolétaires et capitalistes. Le concept est de réduire les coûts directs pour que le “manque à gagner” éventuellement générateur de dette soit utilisé à recréer de l’activité, donc des emplois et non à financer une solidarité qui est arrivée à son asymptote.
On retrouve ici le concept où le plan n’est plus un élément d’investissement sur les infrastructures mais devient un investissement sur le capital humain et matériel et une dette engagée résorbée par les retombées de reprise d’activité.
En corollaire, rendre aux nationaux la capacité d’acheter des biens et services de production nationale, sans avoir recours à un protectionnisme, et envisager un jeu d’exportations positives sur des produits ou services ciblés.
Le “produit ou service”
Relancer, oui, réindustrialiser mais quels produits ou services ? C’est la question “phare” qui pose le sujet des ressources et compétences.
La France a vendu ses fleurons industriels par appartements pour répondre aux attentes de la “non-concurrence ” qui fait référence aux situations monopolistiques ou oligopolistiques selon la théorie US ancienne, relayée par les institutions européennes. Ils étaient très souvent des entreprises issues des nationalisations-restructurations de l’ère Mitterrand qui avaient généré ces groupes de taille mondiale (Areva, Vivendi, ELF…)
Aujourd’hui la France rachète certaines unités qu’elle a vendu en lot préalablement, ce qui hélas traduit l’absence totale de connaissance et des enjeux des dirigeants, aucune vision prévisionnelle et évolutive du secteur industriel.
L’avantage concurrentiel majeur de la France était son énergie. Ce ne l’est plus.
La formation des ingénieurs, le réseau “grandes écoles” et universités, la recherche fondamentale (CNRS, CEA, Universités) publique est en ruine.
Le cadre de vie, prisé historiquement, ne fait plus recette…
Réindustrialiser ce pays est il possible?
- Réenchanter des zones géographiques, puisqu’elles sont dénommées en zone sinistrées depuis 20 ans.
- Innover, en créant des zones d’activités sans se complaire à utiliser un vulgaire copier coller à grand renfort de publicité
Un mot fut lâché : Nous avons donc besoin d’une “stratégie de guerre” , quoi que ce terme ne soit pas adapté, mais nous avons besoin d’une stratégie réactive et adaptable.
