Que reste-t-il des modes cinq ans après ?
Dans les groupes humains, même ceux composés de gens normalement constitués, il arrive un moment où tout se met à tournoyer autour d’un phénomène improbable, qui devient en quelques semaines aussi crucial que le dernier représentant d’une race en voie d’extinction.
A chaque fois, c’est la même comédie qui se rejoue, fidèle comme un vaudeville, avec des accessoires toujours plus absurdes.
De celui qui regarde le tumulte comme on observe un banc de sardine, avec curiosité mais sans s’investir, à celui chez qui le phénomène déclenche des secousses émotionnelles de magnitude exceptionnelle, en passant par ceux qui râlent contre et donnent aux enthousiastes incandescents l’illusion irrésistible d’être subversif, n’importe quelle mode déclenche les mêmes réactions, oscillant entre l’indifférence la plus polie et l’enthousiasme le plus excessif.
Sans cette diversité de réactions, une mode ne serait qu’un objet, mais grâce à nous, humain égocentrique, cupide et prétentieux, elle devient un spectacle grandiose.
Au sein de cette faune bigarrée, se trouve toujours des opportunistes pour qui toute « bonne idée » devient un business, ils vendent, conseillent, optimisent, grâce à eux on peut se doter de ce qu’on regrettera dans quelques semaines, leur contribution est indispensable à la mécanique générale.
« Tout ça pour dire quoi ? » vont s’électriser les trolls qui feront un parallèle avec le virus classé secret défense, ses cafés debout, ses masques et ses injections expérimentales, comme autant de phénomènes indispensables à la survie de la société humaine.
Tout ça pour dire qu’avec un peu de bon sens on vous avait vu venir, que ce soit pour les virus ou les punaises de lit, en passant par les gadgets et applis numériques, mais aussi les mouvements sociaux et la guerre.
Parce que ces mouvements entrainent la possibilité, pour certains, de réaliser du profit, alors il est indispensable de développer l’intérêt de cette tranche de population qui se laisse gouverner par ses émotions et place son intelligence dans un bocal de chloroforme pour une utilisation ultérieure.
Qu’on lui demande de servir de cobaye à une injection expérimentale, tout en buvant un café debout à travers un masque facial, ou de dénoncer les juifs pendant la guerre, elle répond toujours présent et avale le concept sans le macher, comme elle achète un rubik’s cube ou un tamagoshi, parce qu’on lui dit que c’est comme ça et pas autrement et que par lâcheté elle adhère avec enthousiasme tout en flagellant les réfractaires dans une chasse aux hérétiques comme autant de résistants à fusiller avant de leur offrir, un jour, le statut de héros de la nation, avec décoration posthume et commémoration annuelle.
Quand je me souviens de leurs réactions indignées alors que je les comparais à des collabos, et de celles des trolls qui tuaient dans l’œuf toutes réactions contraires aux intérêts de la doxa, je me demande en effet : « tout ça pour quoi ? »
