Dans les auditions conduites par Charles Alloncle, prendre du recul émotionnel permet d’observer deux scènes en parallèle : celle des faits exposés, des chiffres et des enchaînements logiques, et celle, plus discrète mais tout aussi parlante, des émotions qui traversent les protagonistes.

Pour comprendre plutôt que juger, il faut observer sans poser de verdict à l’emporte-pièce.

Lorsque le rapporteur expose une réalité qui diffère de celle vécue ou attendue par certains témoins, un décalage apparaît. Chacun parle depuis son propre contexte, rappelez-vous la méthode ABC* (Acteur, But, Contexte). Une action sortie de son contexte peut changer complètement de sens. Et quand « ce qui est » diffère de « ce qui devrait être », le cerveau le perçoit comme une agression. Il passe alors en mode protection et répond : « respectez-moi » par l’intermédiaire de l’émotion colère.

Ainsi, lorsqu’un plan mental ne se déroule pas comme prévu, la colère n’est ni une preuve ni une faute : elle est un signal. Le sentiment de colère, lui, s’installe quand on consacre du temps et de l’énergie à défendre une version rassurante, même si elle est fragilisée par les faits exposés. C’est souvent le moment où la mauvaise foi apparaît.

Plus l’enjeu est important, plus ce sentiment peut durer. La dissymétrie entre le calme du rapporteur et la colère de ses interlocuteurs devient alors un élément d’observation précieux, indiquant que les cadres de lecture ne coïncident pas.

Face à cet inconfort, le cerveau recourt naturellement à IDD* (Identification, Diabolisation, Destruction). Il remet d’abord en cause le message, puis le messager, puis le cadre lui-même. C’est un réflexe de protection avant d’être une stratégie consciente, laquelle est largement utilisée par les médias à l’encontre du député.

« Tout ça pour dire quoi ? » s’inquiétera celui qui craint l’analyse fine des comportements qui pourrait être faite à partir des vidéos qu’il souhaite voir disparaitre.

Simplement ceci : le débat glisse facilement quand les personnes prennent le devant de la scène, que les médias amplifient ce qui est devenu relationnel, et qu’il devient difficile de ne pas désigner des responsables au lieu de constater une simple dynamique.

Observer ces mécanismes, c’est se donner une chance de comprendre les réactions des uns et des autres sans distribuer de blâmes à priori.

Après tout, dans un conflit, ce ne sont pas les faits qui s’opposent en premier, mais les réalités intérieures. Et celles-ci, contrairement aux procès-verbaux, ne restent jamais parfaitement calmes.

Dans ces circonstances, porter attention à ceux qui voudront mettre au placard les résultats de cette commission peut ne pas être inutile.

Apportons notre soutien à Charles Alloncle.

* (Ce triptyque a fait l’objet d’un post)