Lieu : Terre, date : indéterminée …

Pendant que le monde vivait ses derniers instants, dans un effondrement lent, invisible, qui aspira l’oxygène des esprits bien avant celui des poumons, un trou de ver l’aspira vers un avenir incertain.

Lui, un homme simple – pas un héros, pas un soldat, ni même un prophète, juste un type qui scrollait encore la veille, likant distraitement des mèmes pendant que le monde se fissurait – fut aspiré et projeté sur une planète sans vie, au ciel couleur de cendre, où chaque respiration était une prouesse.

D’abord sidéré d’être encore en vie, titubant dans ce paysage minéral, son attention fut attirée au loin par une trappe métallique, à moitié éventrée, peut-être par un autre survivant cherchant comme lui des moyens de survie, eau, nourriture, abris.

À l’aide d’un montant arraché aux décombres, il fit un levier et la souleva, découvrant une chambre souterraine : une capsule temporelle.

À l’intérieur, de vieilles conserves périmées, mais aussi des journaux, des livres, des fragments de ce qui semblait être la mémoire d’un monde disparu et, au milieu des archives, une collection complète de la série : « Tous manipulés – Je vous avais prévenus. » d’Alain Leblay.

En ouvrant le premier tome, il découvrit, à travers sarcasme, cynisme et lucidité mordante, une chronique méthodique des mécanismes qui avaient conduit l’humanité à sa perte.

Un article attira son attention, il parlait des réseaux sociaux et d’un en particulier, décrit comme un réseau professionnel à ses débuts qui était devenu un commerce priorisant ce qui fait cliquer, pas à ce qui fait réfléchir, après son rachat par une usine à fric algorithmique.

L’article décrivait comment la visibilité avait d’abord chuté brutalement pour tout le monde, avant l’apparition miraculeuse d’une fonction appelée « booster », exactement comme ces boutiques qui triplent leurs prix avant les soldes pour faire croire à une aubaine.

La visibilité n’était plus un droit, mais une fausse promotion permanente où un post sérieux, boosté, payant, réfléchi, faisait moins de vues qu’une vidéo gratuite de chatons affrontant des grizzlis, ce n’était pas un bug mais une ligne éditoriale.

Il remonta à la surface, et referma la capsule après avoir mis la collection dans un sac avec quelques provisions encore intactes, pas pour prêcher, juste pour se souvenir, et … peut-être … un jour … pour transmettre.

La Terre n’avait pas été détruite par une explosion, elle avait été lentement érodée par la manipulation, la monétisation et l’abandon de l’honnêteté au profit de ce qui « performe », comme en témoignaient ces dédicaces :

« Si quelqu’un lit ceci un jour, qu’il sache que nous étions prévenus, mais que nous avons juste préféré liker des chatons. »

« Tous manipulés – Je vous avais prévenus » la série qui n’a pas empêché la fin du monde, mais permettra de reconstruire le prochain.