On commence toujours un projet par la fin.
Pourquoi, me direz-vous, ben tout simplement parce qu’on sait presque toujours ce qu’on veut, mais rarement comment l’obtenir, donc on fait comme avec un GPS, on lui indique la destination, et il se charge de nous trouver un « chemin » pour y parvenir.
Mais en réalité, ce n’est pas un « simple chemin », c’est une succession de décisions du type : « que se passe‑t‑il si je passe par là ? » et : « si je passe par là, il faut que je sois venu d’ici » et autre : « alors, pour venir d’ici, il fallait auparavant passer par au‑dessus », etc.
Vous avez compris le concept, si je veux obtenir un résultat, je dois construire une chaîne de causalité qui, étape après étape, aboutira à la solution finale.
Certains diront que ce genre de raisonnement relève de la science‑fiction, d’autres qu’il faut le cerveau brillant d’un joueur d’échecs de renommée mondiale, quand en réalité, notre cerveau fait cela tous les jours, sans effort conscient, y compris pour aller chercher le pain.
Pour rappel, cette notion de « projet » a déjà été développée souvent, comme par exemple à la page 77 du tome 2 de la série « Tous manipulés – Je vous avais prévenus ».
« Tout ça pour dire quoi ? » s’indigneront ces organismes de formation, vexés qu’on ose rappeler que penser en mode projet agile n’est pas un produit breveté uniquement accessible au terme d’une formation couteuse de niveau « expert ».
Simplement que ces méthodes ne sont ni nouvelles, ni magiques, ni réservées à une caste éclairée, quand on sait exactement ce qu’on veut, on finit toujours par savoir comment l’obtenir, cela peut prendre du temps, nécessiter plusieurs sauts intermédiaires, des détours, des justifications, des récits bien choisis, mais la logique reste la même et elle fonctionne aussi bien pour atteindre un objectif honnête que pour s’arroger un pouvoir.
Prenons un exemple banal.
« Un directeur d’école voudrait remplir son cours de dessin privé, organisé après la classe, dans les locaux mêmes de l’établissement ».
Il ne dira évidemment pas : « restez pour consommer mon service ».
Il « proposera » une garderie, pour « aider » les parents qui travaillent tard, puis il insistera sur la « sécurité », les dangers de la rue, les mauvaises fréquentations, les gangs, évoqués en boucle pour créer une inquiétude diffuse – quitte à aider ces gangs à développer la violence avec quelques complicités, mais non, je rigole -, bref, peu à peu « rester » deviendra la norme, puis une évidence, puis presque une obligation morale et les parents finiront par réclamer eux‑mêmes que la garderie soit aménagée avec ce qu’il était prévu de leur vendre.
Le directeur passera pour un philanthrope, prévoyant, soucieux du bien‑être des enfants, alors qu’il n’aura fait que dérouler, avec méthode, une chaîne de décisions rationnelles au service d’un objectif très simple : « faire tourner son business ».
Et si au lieu d’alimenter un cours de dessin … heu … non, pas ça !
