Les partis politiques : un mal nécessaire ?
Les membres fondateurs du cercle Sully se sont retrouvés autour d’une idée simple que partage la majorité de nos concitoyens, les hommes politiques ne répondent plus à l’exigence du Bien commun. Les entreprises politiques que sont les partis sont-elles donc à supprimer ? Comment pouvons-nous rendre la parole au peuple sans créer un parti ?



Simone Weil dans sa note sur la suppression générale des partis politiques, rédigée en 1940 avait une position magnifiquement argumentée. Elle écrivait :
« Pour apprécier les partis politiques selon le critère de la vérité, de la justice, du bien public, il convient de commencer par en discerner les caractères essentiels.
On peut en énumérer trois :
– un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective.
– un parti politique est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres.
– la première fin, et, en dernière analyse, l’unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite. »
J’ajouterai à ces trois caractères, un quatrième, qui est sans doute plus perceptible sous la Vème République. Le parti politique est une organisation qui s’efforce de porter au pouvoir suprême un homme ou une femme qui permettra aux cadres d’obtenir des miettes du pouvoir.
Nous le voyons bien lors des campagnes électorales, et encore plus avant, les programmes sont une liste de mesures envisagées mais sans les enraciner dans l’expression des valeurs qui les portent. Le parti recherche ensuite la personnalité qui peut incarner au mieux ce programme.
Un membre d’un parti politique vit constamment dans le mensonge, car il ne peut être en accord permanent avec les positions de celui-ci. La discipline du parti l’oblige à enfouir ses valeurs, et à suivre les consignes émises par le bureau national. Il est vrai que cette docilité servile a un avantage particulier, il évite de trop penser.
Nous avons donc recherché au sein du Cercle Sully un moyen de contourner ces difficultés.
« La démocratie, le pouvoir du plus grand nombre, ce ne sont pas des biens. Ce sont des moyens en vue du bien, estimés efficaces à tort ou à raison (1) »
Il nous faut donc chercher les moyens pour discerner la vérité, la justice et le bien commun.
Nous pensons que l’intelligence collective est l’un de ces moyens. Le bon sens, les diverses intelligences ne demandent qu’à s’exprimer. Les personnes qui composent notre beau pays regorgent de talents divers, de solutions appliquées, pour répondre aux difficultés du quotidien. Il ne faut pas attendre des classes dirigeantes, hauts fonctionnaires, des solutions à tous nos problèmes. Car la plupart d’entre eux sont à des années-lumière du quotidien des Français. Ce n’est pas un jugement de valeur, mais un fait.
L’évolution de notre société peut être présentée sous deux formes.
Le darwinisme, le plus fort détruit le plus faible et la société se développe de cette façon. Les GAFA, les UBER mangent les PME, les artisans, le numérique facilitant leur développement.
L’autre idée c’est que l’entraide est un facteur de l’évolution (Kropotkine).
Vous devinez que nous sommes plutôt des partisans de cet anarchiste, mais n’essayez pas de nous faire rentrer dans une case, nous sommes inclassables.
L’outil cercle Sully doit ainsi permettre à chacun de s’exprimer, de proposer des solutions locales qui ne demanderont qu’à se multiplier, qu’à s’étendre et à se diffuser par capillarité. Nous demanderons aux experts, non pas leur avis, mais de vulgariser leur science afin que chacun puisse se faire sa propre opinion. Chaque corporation à son vocabulaire, qui rend toute présentation abstruse. Ce qui permet souvent de conserver une certaine opacité à des actions dont nous ne souhaiterions pas la réalisation.
Simone Weil conclut sa note et ainsi la mienne par les lignes suivantes :
« Presque partout – et même souvent pour des problèmes techniques – l’opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s’est substituée à l’obligation de la pensée.
C’est là une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques, et s’est étendue, à travers tout le pays, presque à la totalité de la pensée.
Il est douteux que l’on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques. »
Alain Raynaud
- note sur la suppression générale des partis politiques. Simone Weil
