Pour engager des transformations en profondeur, il est indispensable que le secteur de l’énergie soit moteur des grandes mutations dont notre pays a besoin. La transition énergétique va provoquer un profond changement de paradigme dont peu de personnes ont aujourd’hui conscience même si, de façon confuse, l’idée germe. De nombreux acteurs auront un rôle à jouer mais l’essentiel se déroulera sur le terrain où les collectivités et les habitants seront ensemble confrontés à la complexité. Hier consommateurs-payeurs et passifs, ils vont de plus en plus devenir acteurs et moteurs de la transition énergétique. Hier, vendue par EDF, Engie ou autres, l’énergie venait d’ailleurs. Demain le production se fera sur notre toit, dans notre immeuble ou dans nos quartiers,le stockage se fera chez nous ou dans un réseau de proximité. Hier, on vivait l’énergie venue d’ailleurs sans la compter, demain, il faudra localement, l’économiser, la produire, la partager, la vendre. Hier, l’énergie créait des emplois nomades, demain elle générera des richesses et des emplois sédentaires.
L’ancien modèle se heurte aux limites des ressources fossiles et aux contraintes climatiques. Il crée des tensions géopolitiques. Il déresponsabilise les consommateurs, les citoyens et les autorités locales et régionales. Il rompt le lien entre énergie et territoire. Il n’en a pas toujours été ainsi . Autrefois, les habitants géraient de façon précautionneuse les seules ressources disponibles en quantité limitée : les énergies locales. Pensant être « modernes » nous avons ensuite progressivement abandonné la connaissance de nos potentiels énergétiques. Pour réaliser leur transition énergétique, les territoires doivent réapprendre à regarder leurs richesses cachées. Cela implique d’abord de réaliser l’inventaire spatialisé des capacités énergétiques afin d’orienter les choix de planification, de construction et de réhabilitation pour que ces choix se fassent à un niveau pertinent et dans un souci de justice territoriale.
Il y a plusieurs modèles en Europe. Dans les pays scandinaves et fédéraux, les municipalités ont la responsabilité de l’approvisionnement énergétique de leur territoire. Elles se sont dotées de compagnies locales pour réaliser cette mission. Cela les conduit à une attitude de responsabilité et leur procure des revenus. Dans d’autres pays, les autorités locales n’ont pas cette compétence. Celle-ci a été un monopole d’Etat, avant de devenir ici ou là un monopole privé. Les villes ont parfois la propriété des réseaux énergétiques. L’expérience montre qu’une compétence confiée à une administration de proximité rend toujours un meilleur service. Dans le domaine énergétique, elle est un fort levier pour la transition. Elle accroît l’acceptation de la population vis-à-vis des infrastructures. Elle libre la créativité et encourage les innovations. Elle stimule les activités locales et laisse sur le territoire une plus-value économique.
Il faut être conscient que les administrations nationales et les grands opérateurs ont souvent intérêt au statu quo c’est-à-dire à une approche basée principalement sur une offre centralisée. Cependant, il faut savoir que tous les autres acteurs de la société ont intérêt à un paradigme centré sur la demande et l’offre décentralisées : les consommateurs pour dépenser moins, les producteurs indépendants pour valoriser leurs investissements, les artisans et les MPE pour développer des activités de rénovation, les sociétés de services énergétiques pour élargir leur marché, les sociétés de services pour fournir de la biomasse, les gestionnaires du logement et du transport pour maîtriser leurs coûts, les citoyens pour exprimer leurs choix, les autorités locales pour dynamiser l’économie locale et percevoir des revenus. …
… A titre d’exemple : Un article du Monde en date du 28 mai 2018 montre comment le Pays Basque se trouve à la pointe de cette nouvelle souveraineté énergétique. Une société de production d’énergie a été créée (l-ENER), détenue majoritairement par les habitants volontaires. Elle développe un parc de panneaux photovoltaïques qu’elle pose sur les toits des édifices publics mis à disposition par les municipalités
. L’objectif affiché par les élus est simple et clair : relocaliser la production d’énergie verte au Pays Basque en faisant appel au financement citoyen. Aujourd’hui, neuf projets ont été réalisés pour un investissement de 450 000 euros. (Ref. : https://www.lemonde.fr/smart-cities/article/2018/05/28/dans-le-pays-basque-des-habitants-en-quete-de-souverainete-energetique_5305877_4811534.html)
Extrait de l’Impasse – Etude sur les contradictions fondamentales du capitalisme moderne et les voies pour les dépasser – p. 205 – Renaud Vignes – Ed. CitizenLab

Un exemple concret qui rejoint le sentiment diffus que la démocratie ne sera plus uniquement représentative. Les élus devront co-dirigés avec les citoyens et ces derniers, ou du moins nombre d’entre eux devront se former, s’informer sur les enjeux locaux.