Il souffre d’une tendance à croire que le monde se divise en deux catégories : gentils et méchants, riches à tondre et pauvres à nourrir, tout comme ses avis se partagent entre « il faut changer tout, maintenant » et « on ne peut rien faire car tout est pourri ».
Tout revenu étant indécent quand c’est celui d’un autre, il veut corriger cette injustice mais sans se fatiguer, donc il fait la cigale, laissant les efforts aux fourmis, à qui il réclamera son « dû » après la bataille.
Cette flemme légendaire, qui permet à une chambre d’ado de rester en bordel même quand sa mère hurle tant il est plus facile de s’accommoder de sa « propre » puanteur que de l’idée de faire des efforts, n’a pas surgi ex nihilo.
Si notre cerveau est prêt à toutes les compromissions quand il est question d’en faire le moins possible, ce n’est pas parce qu’il est paresseux par vice, mais parce qu’il a appris à être économe en ces temps reculés ou l’abondance était une vue de l’esprit et qu’il refusait de cramer de l’énergie pour rien.
Et c’est bien ainsi !
Imaginez qu’à chaque injustice vue sur TikTok, lui et ses semblables se lèvent avec pancartes et casseroles, ce serait un chaos permanent, une migraine nationale dont le gouvernement profiterait pour nous sortir sa version du Doliprane sous forme d’article 16 en mode : « S’ils s’énervent trop, on va leur enlever le droit de s’énerver ».
L’inertie, c’est donc la valve de sécurité du système, celle qui empêche qu’on passe direct en mode révolution tous les quatre matins, car en toute chose il faut raison garder.
Evidemment la contrepartie c’est que le gouvernement en profite pour siphonner les bas de laine les uns après les autres puisque nous on est en mode « La révolution, oui, mais demain, parce qu’aujourd’hui il y a un match ».
Tout est question d’équilibre.
Sur le papier c’est toujours facile, la fortune du plus riche pourrait éradiquer la faim dans le monde, mais si on vidange le milliardaire, il arrêtera de créer, d’investir, d’embaucher, donc plus d’entreprises, plus d’emplois, et une nouvelle misère toute fraîche, made in « on a tout simplifié ».
Alors on peut supprimer l’argent, mais le problème ne disparaîtra pas avec lui car l’humanité trouvera une autre monnaie. Comme certaines aides humanitaires, qui donnent bonne conscience au monde civilisé et du pouvoir aux petits chefs de guerre qui la transforment en outil de domination.
« Tout ça pour dire quoi ? » s’inquiétera celui qui comprend que ce n’est pas l’aide qui est pourrie mais l’humain qui ne peut s’empêcher de transformer tout outil en arme.
Ben, que la plus grande loi de l’univers après la gravité, c’est l’équilibre entre ceux qui sont contents avec trois cailloux et un coucher de soleil, et les insatiables qui trouvent que dix coffres forts dans un paradis fiscale ce n’est pas encore assez.
Ainsi, le malheur de l’un faisant le bonheur de l’autre, chacun peut exprimer sa haine du voisin, ça engraisse des politiciens.
