Mais si voyons, quand vous étiez enfants et que vous héritiez d’une mauvaise note qui risquait de vous priver de télé pendant un mois, vous anticipiez la punition, non ?

Rappelez-vous, poli dès votre arrivée, anticipant un risque accru de sanction qui vous jugiez sévérissime par anticipation, vous alliez faire le ménage dans la zone de chaos habituellement classée Seveso qui vous servait de chambre avec la précision d’un politicien nettoyant son casier judiciaire avant une élection, vous étiez obséquieux avec votre ignoble voisine qui passait de Tatie Danielle à Mary Poppins, vous poussiez l’abnégation héroïque jusqu’à jouer avec votre petit frère en le laissant gagner, vous présentiez vos excuses les plus sincères à votre mère attendrie pour avoir été si méchant dans un passé lointain, bref à côté de vous, même un Bisounours pouvait passer pour un grizzli enragé sous amphétamines.

Cette forme de gestion primitive de la menace, directement guidé par votre instinct de survie, ne trompait malheureusement pas vos parents – qui ont aussi été des enfants – et le soir au diner quand venait le moment du règlement de compte à OK corral, vous exposiez votre gentillesse à la face du monde en même temps qu’un exemplaire du carnet de notes du cancre de la classe,  avec l’espoir qu’en montrant qu’un autre avait fait pire, cela relativiserait votre faute, qui passerait d’inacceptable à « pas si grave » et conduirait vos parents ainsi conditionnés à dire  « Finalement, comparé au reste … »

Cette façon de préconditionner vos parents à passer pour des brutes sanguinaires en cas de manifestation d’une colère légitime n’était évidemment pas sans conséquences, car elle les plaçait face à un dilemme moral insurmontable, en forme de « comment réagir pour que le petit frère ne prenne pas le même chemin en lui donnant le sentiment, qu’on récompense les comportements les plus manipulateurs ? » tout en essayant de conserver une image de parents raisonnable face à un tribunal si la voisine après de qui vous aviez préparé le terrain téléphonait à « sos enfance en péril ».

« Tout ça pour dire quoi ? » s’indignera l’agent du fisc qui tente de se faire passer pour un moine chartreux.

Ben, pour dire qu’il est en effet plus facile de passer pour un innocent quand on est entouré de coupables, mais que la gentillesse présidentielle – dont la spontanéité ressemble à un compliment estampillé McKinsey relue par un cabinet d’avocat – n’a rien de naturelle et que l’affaire, dont on ne parle pas dans les médias français, élargissant notre fenêtre de tolérance, il y a toutes les raisons de penser que c’est pour y faire passer une révélation de la taille d’un semi-remorque.

Le problème c’est qu’après avoir entendu des révélations sur la pédo-criminalité et le cannibalisme chez les zélites, le citoyen moyen, qui a la mémoire d’un poisson rouge sous tranquillisant, ne relativise un peu trop rapidement les informations à venir.