Il existe dans notre belle société numérique une espèce fascinante sur laquelle les ethnologues pourraient faire une étude, « l’expertus universalis », communément appelé Troll.

Pour moi qui ai toujours dit à mes étudiantes que je n’étais ni infaillible ni omniscient, me trouver face à cet être – qui a probablement consacré de longues années à maîtriser son domaine avec une rigueur admirable mais pense qu’elle lui a conféré, par un mystérieux effet collatéral, la certitude absolue de détenir la vérité – me divertit autant qu’il me captive … comme sujet d’étude il va sans dire.

Sa fascination pour lui-même s’étend à ses semblables et bien sûr aux esprits faibles qui le choisissent comme mentor, lui vouant une adoration qu’ils expriment en like applaudissant sur ses commentaires ciselés au laser nanométrique de la rhétorique paresseuse.

Observons-le dans son habitat naturel, la section « commentaires » de nos posts.

Un texte est publié, bucolique, champêtre, poétique, allusif, un brin métaphorique, le genre de publication qui fait frissonner les uns quand il en laisse d’autres perplexes comme un chat devant un miroir … Bref !

Des lecteurs aiment, partagent, commentent, l’auteur remercie, l’ambiance est chaleureuse, et c’est précisément ce moment que choisit notre spécimen pour entrer en scène.

Après avoir lu le texte – ou prétendu le faire, la nuance est de taille – son verdict tombe, aussi rapide qu’inévitable, avec la grâce et la légèreté d’une enclume chutant du dix-septième (pas le siècle, l’étage), tel le vicomte de Valvert cherchant à provoquer Cyrano de Bergerac, dans le texte éponyme, au dix-septième (cette fois-ci c’est le siècle, pas l’étage), il hésite, balbutie, puis finit par lâcher une attaque sans consistance, révélant le mépris et la suffisance qui lui tienne lieu d’intelligence.

Pourquoi la démarche est-elle courageuse ?

Parce qu’en dépit de ce que certains pourraient appeler de la lâcheté – du fait qu’il agit dans l’ombre d’une zone protégée par l’anonymat d’un clavier et le confort d’un faux profil, souvent bardé de diplômes, qui lui permet de s’imposer comme une référence dans un domaine où il ne devrait briller que par son absence – il a le courage de reconnaitre qu’il n’a rien compris.

En effet, ceux qui ont lu mon post sur IDD – pour les autres n’hésitez pas à vous jeter sur la page 47 du tome 1 de la série « Tous manipulés – Je vous avais prévenus » disponible sur Amazon – savent que le cerveau qui ne comprend pas un texte considère que c’est le texte qui a tort, c’est un vieux réflexe de survie, ça lui évite de se remettre en cause, ensuite, il en dénigre l’auteur, etc.

« Tout ça pour dire quoi ? » pontifiera notre sujet avec la profondeur d’esprit d’un Buccinum undatum qui entretient la croyance que son parcours universitaire l’a immunisé contre toute forme d’ignorance.

Rien …

La réponse est dans la question !