N’en déplaise à certains, la priorité de notre cerveau n’est pas la recherche de la vérité, mais la survie, parce que la logique, la morale, la nuance et la science sont venues bien plus tard, comme des « apps » sur un vieux système d’exploitation paléolithique conçu au départ pour éviter de se faire manger par les trucs qui ont des grandes dents.

Avec l’intelligence sont venus les états d’âme, ce qui a altéré le fonctionnement de base en : « je ne souffre pas de ce que j’ignore, je souffre de savoir que je l’ignore, donc pour ne pas souffrir je dois savoir », c’est ainsi qu’est venue la curiosité qui, comme chacun le sait, n’est pas un vilain défaut.

A la mise à jour suivante, il a implémenté son BIOS avec : « ce que je sais est réputé sûr, ce que j’ignore fait peur et est à neutraliser », là il a appris à diaboliser ce qu’il voulait détruire, y compris lui-même donc pour conserver cette haute opinion de lui-même qui l’oblige à ne pas se traiter comme un problème à éliminer, il a appris à rationaliser après coup en ajoutant : « vu que je suis quelqu’un de bien, ce que j’ai fait devait être fait et j’ai bien fait de le faire ».

Mais, parce que ne pas comprendre c’est ne pas prévoir et donc courir le risque de ne pas se protéger, alors il a appris à chercher de la cohérence, même où il n’y en avait pas, parce qu’une mauvaise explication stable est toujours préférable à une absence d’explication qui perturbe son équilibre, ainsi quand tout s’emboîte, les voyants passent au vert.

Mais (bis), dès qu’une cheville ne rentre pas dans le trou, c’est le branle-bas de combat et c’est là qu’intervienne les « amis » imaginaires et les histoires qu’on leur invente, parce que c’est toujours mieux d’être victime d’un être malveillant que d’assumer le poids de ses erreurs.

Mais (ter), les outils qui servent à comprendre servent aussi à se tromper, et si chercher des preuves est utile pour un travail d’enquête, en revanche ça ne l’est pas pour démontrer ce qui est factuellement faux, mais pour le cerveau, un récit tient debout s’il est émotionnellement stable.

Ainsi, certains préfèrent croire que la terre est plate que de se confronter aux difficultés des lois de la physique.

« Tout ça pour dire quoi ? » éructera le pourfendeur de complotistes qui croit y voir un moyen de les anéantir.

Tout ça pour dire que ce texte n’échappant pas à ce qu’il décrit, il serait facile de conclure, en activant ces mécanismes, qu’il n’y a pas d’élites malintentionnées et que certains « dossiers » ne sont que des leurres, parce qu’à l’instant où se dessine un complot avec des bénéficiaires identifiables, on ne fait plus dans la lucidité, on fabrique une histoire rassurante pour notre propre cerveau,

Ou, sans être naïf :

Que la manipulation existe, que les élites malintentionnées veulent faire croire le contraire et que comprendre comment fonctionne notre cerveau ne nous en libère pas, mais nous donne juste une demi-seconde de plus avant de tomber dans le piège.