Un matin, entre la météo et les embouteillages, le journal annonça qu’un chercheur avait isolé le « gène du vieillissement », la mort était officiellement déclarée obsolète.
Au soulagement général suivit une panique immédiate et des réunions d’urgence dans les cénacles où l’on décidait habituellement du prix du blé, du pétrole et de la morale, avec au programme la question à cent milles : « qui aurait droit à l’immortalité ? »
Evidemment les naïfs habituels pensaient qu’elle serait réservée en priorité aux plus méritants, aux plus sages, aux plus altruistes, à ceux qui avaient fait avancer l’humanité, quand elle fut, évidemment, l’apanage de ceux qui avaient des comptes off-shore, ceux qui n’eurent aucun scrupule à acheter la formule pour la mettre dans un coffre et l’exploiter à leur profit.
Leurs propagandistes avaient saturé l’espace médiatique de messages alarmistes sur les questions existentielles : « aimeriez-vous vraiment vivre avec l’idée que votre belle-mère viendra chez vous chaque week-end pour l’éternité ? » ou « accepteriez-vous d’avoir le même aspect pour toujours si vous êtes cantonné dans un physique disgracieux en but permanent aux quolibets ? »
Traduction : c’était pas pour vous, l’immortalité oui, mais en version prémium, beau-riche-célèbre et heureux, pas question de demi-mesure, en effet qui aurait accepté de vivre éternellement dans une favela au milieu des rats et des cafards ?
Heureusement, la loi sur la fin de vie n’étant pas abrogé, les moches et les bancals, continuèrent de finir en compost, pour eux l’immortalité n’était pas « immédiatement » accessible pour des raisons altruistes telles que l’éthique, la logistique et, bien sûr, l’économie.
Officiellement, l’immortalité, présentée comme un « progrès pour l’humanité », « une avancée scientifique majeure », saluée par des conférences, des sourires et des PowerPoint pleins de graphiques fascinants, fut, dans les faits, réservée à la caste déjà rompue à l’art de vivre plus longtemps que les autres grâce à de meilleurs soins, de meilleures conditions de vie, de meilleurs avocats pour défendre ses avantages, celle qui avait les moyens de s’offrir la formule de luxe et qui n’avait jamais accepté que d’autres bénéficient des mêmes privilèges.
L’immortalité fut-elle réservée aux riches ?
Non, ça aurait maladroit, il y avait un risque de révolution et elle restait conditionnée à l’absence d’interruption volontaire, ou contrainte, de la vie, alors le manant devant continuer à vivre d’espoir, tout comme la loterie lui permettait d’accéder pour un temps à la richesse, l’immortalité lui fut « offerte » lors d’un grand tirage mondial.
Finalement comme l’immortalité ne changea rien à la nature humaine, quand, dans un délire philanthropique, elle fut offerte à tous, il lui resta la connerie et les #guerres pour mettre un peu d’ordre dans tout ce merdier parce que l’humain, même immortel, resta égal à lui-même, égoïste, cupide et malveillant.
