Ce qui s’est passé en Espagne est d’abord une tragédie humaine, puisqu’une jeune femme brisée, par des violences sexuelles, a laissé sa souffrance la conduire à une décision irréversible.
Bien sûr, « c’était son choix », mais aurait-il été le même sans le viol conjugué au sentiment d’être abandonnée par une justice trop laxiste envers ses criminels ?
Certes, en Espagne, l’euthanasie est légale depuis 2021, dans un cadre présenté comme « strict », mais, une jeune femme, qui a « subi » et « souffrait », a préféré la mort à cette vie quand ses agresseurs, eux, n’ont pas été placés face au choix qui fût le sien.
Que penser de cette décision et du fait qu’elle ait été validée par les plus hautes juridictions.
Par-delà l’émotion, nous devons admettre que nous vivons un paradoxe inédit, où une société humaine affirme avoir aboli la peine de mort au nom de la dignité humaine, mais accepte que la mort devienne une réponse institutionnelle à la souffrance des victimes, quand les coupables, eux, continuent de vivre, souvent pris en charge par la collectivité pendant que leur victime disparait derrière les fleurs, les hommages et l’oubli.
Ce simple constat ne devrait-il pas condamner ses violeurs à la peine ultime, ce crime n’est-il pas le leur, cette mort n’est-ce pas eux qui l’on donnée, y compris indirectement ?
Bien sûr, il ne faut pas comparer, « c’est indécent », mais donner la mort, dans ces circonstances, ne l’est-il pas aussi ?
Evidemment se pose le cas de l’instrumentalisation, mais le silence serait-il une plus grande marque de respect pour elle ?
Quel message nous renvoie une société qui « offre » la mort plus facilement que la reconstruction, pourquoi la souffrance psychique extrême devient-elle un critère d’éligibilité à l’euthanasie, plutôt qu’un signal d’échec collectif, quel message est envoyé aux victimes de violences sexuelles encore en vie ?
Comme je l’ai écrit dans un post précédent : « Les lois ne sont pas dangereuses par ce qu’elles annoncent, mais par ce qu’elles rendent possible ».
Lorsque mourir devient une option institutionnelle face à la détresse, la tentation est grande de considérer certaines vies comme trop coûteuses, trop complexes ou trop lourdes à réparer, alors il convient peut-être d’interroger ces lois, sans que cela soit interprété comme un refus de la compassion.
« Tout ça pour dire quoi ? » s’irritera celui qui voyait dans ce projet l’espoir d’un juteux business.
A notre époque où tout devient banal, faut-il permettre que la mort devienne la réponse ultime à l’échec de la justice, de la prévention et du soin ?
Une société qui se dit humaine doit-elle trouver « plus simple » et « plus juste » d’accompagner une victime vers la mort plutôt que de l’aider à vivre ?
