Fin des années 40 et début des années 50, les consignes des parents étaient simples, directes, presque ritualisées :
« Ne parle pas à un inconnu. »
« Ne suis pas quelqu’un qui te propose de le suivre. »
« N’accepte pas de bonbons d’un étranger. »
Et pourtant, malgré ces mises en garde, nous étions des enfants libres.
Libres de jouer dans la rue pendant des heures, libres d’aller seuls à l’école, libres de faire les courses chez l’épicier ou le boulanger du quartier. Une liberté concrète, vécue, quotidienne, qui coexistait avec une forme de vigilance élémentaire.
Alors, que s’est-il passé ?
1968 : libération ou confusion ?
Mai 68 a bouleversé les rapports d’autorité. Le slogan « Il est interdit d’interdire », souvent cité mais rarement remis dans son contexte, a contribué à installer une méfiance durable envers toute forme de règle ou de cadre.
Ce mouvement a apporté des avancées indéniables : liberté d’expression, remise en question de certaines hiérarchies, évolution des mentalités sur de nombreux sujets. Mais il a aussi laissé derrière lui une ambiguïté : jusqu’où peut-on déconstruire les interdits sans fragiliser les repères essentiels ?
Car un enfant a besoin de limites claires pour se construire. Et ces limites ne sont pas des entraves à la liberté : elles en sont la condition.
Une société devenue anxieuse
Aujourd’hui, le contraste est frappant. Les enfants sont souvent beaucoup plus encadrés, surveillés, accompagnés… et pourtant, la peur est partout.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : des dizaines de milliers de plaintes sont déposées chaque année pour violences sexuelles sur mineurs. Derrière ces données, il y a une réalité insupportable, mais aussi une société qui oscille entre deux extrêmes :
Des parents hyper vigilants, parfois jusqu’à la paranoïa
Des parents débordés, qui peinent à poser un cadre stable
Des institutions en tension, notamment dans les crèches et les écoles maternelles, où le simple fait de toucher un enfant — même pour le consoler — devient un geste surveillé, suspecté, parfois redouté.
L’enfant au cœur d’un paradoxe
L’enfant d’aujourd’hui est pris dans une situation paradoxale.
D’un côté, on lui parle de consentement, d’intimité, de respect du corps — ce qui est essentiel.
De l’autre, il est confronté à une confusion réelle : comment distinguer un geste d’affection légitime d’un geste déplacé ? Comment nommer ce qui relève de l’abus, y compris lorsqu’il se produit dans le cercle familial ?
Cette confusion ne vient pas des enfants eux-mêmes. Elle vient d’un monde d’adultes qui peine à poser des mots clairs, des règles stables, et des responsabilités assumées.
La peur a remplacé la confiance
Dans les métiers de la petite enfance, le malaise est palpable.
Les professionnels sont formés, engagés, mais ils travaillent désormais sous la pression du soupçon permanent.
Résultat :
Moins de spontanéité dans les interactions, une distance imposée là où la relation humaine devrait être centrale, une peur diffuse qui, paradoxalement, peut nuire à la qualité de l’accompagnement.
Protéger les enfants est une nécessité absolue. Mais une société qui ne fonctionne plus que sur la peur et la suspicion finit par déshumaniser les liens.
Retrouver un équilibre
La question n’est pas de revenir en arrière.
Le passé n’était pas un âge d’or : les violences existaient déjà, souvent tues, invisibles, niées.
La vraie question est ailleurs : comment retrouver un équilibre ?
Redonner aux enfants des repères clairs, sans ambiguïté
Réaffirmer que l’interdit peut être protecteur, et non oppressif
Soutenir les parents dans leur rôle, au lieu de les culpabiliser
Permettre aux professionnels de travailler avec humanité, sans peur constante
Il ne s’agit pas de choisir entre liberté et protection.
Il s’agit de comprendre qu’une liberté sans cadre devient une vulnérabilité.
Image générée par l’IA Copilot
