Face à la mobilisation lycéenne, le gouvernement annonce plus de 5 à 6 milliards d’euros de mesures nouvelles pour l’éducation, avec notamment des investissements dans les établissements, des créations de postes et une réforme de l’orientation.

Comme souvent en France, lorsque survient une crise, la première réponse consiste à ouvrir le portefeuille. Et ne nous méprenons pas : des établissements mieux entretenus, des classes moins chargées et des moyens supplémentaires sont des avancées utiles. Aucun élève ne devrait étudier dans des locaux dégradés ou dans des conditions qui compliquent son apprentissage.

Mais une question demeure : ces milliards répondent-ils réellement à la crise que traversent aujourd’hui les jeunes ?

Car derrière les manifestations, derrière Parcoursup, derrière les difficultés d’accès à certaines formations, il existe une inquiétude plus profonde. Beaucoup de jeunes ne demandent pas seulement davantage de moyens. Ils cherchent à comprendre quelle place la société leur réserve demain.

Lorsqu’un lycéen entre aujourd’hui en seconde, il sait déjà que l’intelligence artificielle, l’automatisation et les nouvelles technologies transformeront profondément le monde du travail. Il sait que certains métiers disparaîtront, que d’autres apparaîtront et que les parcours professionnels seront moins linéaires que ceux de ses parents ou de ses grands-parents.

Pourtant, notre système continue souvent à fonctionner comme s’il préparait les élèves au monde d’hier.

Nous persistons à valoriser certaines filières au détriment d’autres. Nous continuons à présenter les études générales comme la voie royale et les formations professionnelles comme un choix par défaut. Nous entretenons l’idée qu’un jeune réussirait davantage derrière un bureau qu’au sein d’un atelier, d’un chantier ou d’une usine.

Pourtant, la réalité nous rattrape.

La France manque d’artisans. La France manque de techniciens. La France manque de professionnels qualifiés dans l’industrie, l’énergie, les infrastructures, le bâtiment ou encore les services à la personne. Dans le même temps, de nombreux étudiants s’engagent dans des études longues avant de découvrir qu’elles ne correspondent ni à leurs capacités ni à leurs aspirations.

Nous avons créé une étrange situation où des métiers indispensables sont dévalorisés tandis que des parcours parfois saturés continuent à être présentés comme les plus désirables.

Le problème n’est donc peut-être pas seulement un problème de moyens.

C’est peut-être un problème de vision.

Car aucune société ne peut fonctionner durablement en expliquant à ses jeunes que la réussite consiste à éviter les métiers dont elle a pourtant le plus besoin. Aucune nation ne peut préparer son avenir en décourageant les vocations techniques tout en s’inquiétant ensuite des pénuries de main-d’œuvre.

Chaque élève qui choisit l’apprentissage, un lycée professionnel ou une filière technique devrait être considéré comme un futur professionnel dont le pays aura besoin. Chaque jeune qui devient électricien, mécanicien, chaudronnier, couvreur ou technicien de maintenance contribue autant au fonctionnement de la société que celui qui s’oriente vers une profession intellectuelle.

La véritable réforme de l’école ne sera pas seulement budgétaire.

Elle commencera le jour où nous accorderons le même respect à toutes les formes de compétence. Le jour où l’orientation cessera de classer les individus selon une hiérarchie implicite des métiers. Le jour où nous comprendrons qu’une société forte repose autant sur ceux qui conçoivent que sur ceux qui réalisent.

Les milliards annoncés aujourd’hui amélioreront peut-être le quotidien des élèves.

Mais ils ne répondront pas à la question essentielle.

Quel avenir collectif proposons-nous à notre jeunesse ?

Car aucun budget, aussi important soit-il, ne remplacera jamais un projet de société capable de donner du sens à l’effort, à l’apprentissage et au travail. Et c’est peut-être cela, plus encore que les moyens financiers, que les jeunes réclament aujourd’hui.

 

Source et référence

https://www.franceinfo.fr/societe/education/blocage-des-lycees/il-faut-que-nos-eleves-retiennent-que-des-cette-annee-ils-vont-voir-leur-vie-changer-souligne-le-ministre-edouard-geffray-qui-detaille-les-mesures-a-plus-de-5-6-milliards-d-euros-pour-repondre-a-la-crise-lyceenne_8254864.html

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