Comme des millions de Français de ma génération, je suis empreint d’une grande tristesse.
Bien sûr nous pleurons l’immense acteur mais cela va au-delà de sa personne. Peut-être en fait que nous pleurons sur nous-mêmes, voyant nos figures familières et proches disparaître une à une et nous rappelant notre propre finitude. Mais je pense que c’est autre chose. C’est toute une atmosphère qui se transforme.

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           L’insouciance a disparu, la joie de vivre, le bonheur d’être simplement. L’homme n’existe que par ses relations, et celles-ci sont assimilées au danger. Le COVID bien sûr, les jeunes des cités, les migrants terroristes, l’élite parisienne, les non vaccinés, les blancs mâles dominateurs, les Chinois envahissants, les Américains déserteurs, les salafistes kamikazes, et j’en oublie sûrement dans cette litanie des démons. 

Notre environnement accompagne cette lente descente aux enfers, dérèglement climatique, pollution, et l’alimentation n’est pas en reste, trop de viande, nourriture hyper-transformée, trop de gras, trop de sucre, pas assez de sport. Les écrans addictifs, la consommation malsaine viennent compléter le tableau De nombreux livres décrivent ce monde d’avant, et détaillent les lézardes de notre France des 30 glorieuses. Bref nous avons d’excellentes raisons pour nous morfondre et nous flageller.

Sauf que tous ces maux innombrables sont effectivement connus, disséqués, explicités et que nous avons les moyens de les résoudre. Si effectivement ma génération a été caractérisée par l’insouciance, doit-on lui jeter l’anathème ? Doit-on battre en permanence notre coulpe et jeter le bébé avec l’eau du bain ? Que nenni ! Il nous faut accompagner cet éveil, ces prises de conscience, car si les solutions existent, elles peuvent être bonnes ou mauvaises. Il nous faut un regard à la fois mondialisé et personnalisé. Prenons quelques exemples dans l’actualité. Les éoliennes. La solution miraculeuse, l’élixir qui guérit tous les maux.

       Mais si nous prenons un peu de hauteur (120 à 155 m), nous nous rendons compte que pour l’individu qui habite à proximité, c’est laid, bruyant voire dangereux pour sa santé et que les terres agricoles disparaissent sous des tonnes de béton. Et si nous regardons plus loin encore dans le temps et dans l’espace, les pales ne sont pas recyclables et les composants nous viennent de fort loin sur des bateaux fort polluants. Nous pourrions également faire l’exercice avec les voitures électriques. Le miracle technologique s’accompagne d’un accroissement des batteries, et d’une demande d’énergie accrue qui sont sources de pollution. Si notre génération s’est caractérisée par l’insouciance, il s’avère que les années aidant, l’accumulation des expériences, cette relation au temps différente, nous ont permis d’acquérir une certaine sagesse que les jeunes générations auraient tort de négliger.

Vivre est ce qu’il y a de plus beau au monde, la plupart de gens existent, c’est tout.

Oscar Wilde

Le monde est beau, et hors de lui, point de salut.

Albert Camus

                      Bon vent, belle mer
                        Alain Raynaud

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