Dans le cadre des propositions destinées aux candidats à la présidentielle :cet article propose une réflexion approfondie et des mesures concrètes pour garantir que la France puisse continuer à fonctionner efficacement, même en période de crise, afin d’assurer la continuité de l’État et la sécurité de ses citoyens.
Une économie de résilience
Cette synthèse fait suite aux travaux du Cercle Sully avec la participation de :
- la Fabrique du Futur avec Eric Suillet,
- ENVIE de Geneviève Bouché,
- Antoine Bourgeois et de son livre blanc « Développement économique – Economie plurielle »
- Blanche de Weerdt et de son blog societe-solidaire.fr
De l’économie des flux à l’économie de la continuité : les trois piliers de la résilience
Pendant plusieurs décennies, nos économies ont été construites autour d’un objectif simple : optimiser.
Réduire les stocks. Réduire les réserves. Réduire les capitaux immobilisés. Réduire tout ce qui semblait improductif.
Le modèle du « juste-à-temps » était devenu la norme. Tant que les marchandises arrivaient à l’heure, que l’énergie circulait sans difficulté, que les banques fonctionnaient normalement et que les chaînes logistiques restaient fluides, cette organisation paraissait rationnelle. Mais les crises successives ont progressivement révélé une faiblesse de fond : un système extrêmement performant peut également devenir extrêmement fragile.
La pandémie, les tensions géopolitiques, les ruptures d’approvisionnement, les cyberattaques, les événements climatiques extrêmes et l’instabilité financière ont remis au premier plan une question que nous avions presque oubliée : Comment continuer à produire, travailler, échanger et vivre lorsque les systèmes habituels cessent temporairement de fonctionner ?
La réponse repose sur trois piliers complémentaires.
Premier pilier : les stocks stratégiques (1)
La première condition de la continuité est l’existence de réserves physiques.
Pendant longtemps, les stocks ont été considérés comme un coût. Aujourd’hui, ils redeviennent un instrument de souveraineté. L’Europe constitue des stocks de matières premières critiques, les États maintiennent des réserves énergétiques et les politiques publiques redécouvrent l’importance des capacités de secours et de la redondance.
La logique est simple.
Une économie qui dépend entièrement de flux tendus devient vulnérable au moindre incident. Une usine peut être arrêtée par l’absence d’un simple composant. Une région entière peut être fragilisée par une rupture énergétique. Un pays peut subir les conséquences d’un événement survenu à plusieurs milliers de kilomètres.
Le stock stratégique n’est pas destiné à améliorer la rentabilité du présent. Il est destiné à garantir la continuité du futur. Sa valeur ne réside pas dans son utilisation quotidienne mais dans sa disponibilité lorsque survient la crise.
Deuxième pilier : le capital de continuité (2)
Cependant, les matières premières ne sont pas la seule ressource critique.
Une entreprise peut disposer de ses locaux, de ses salariés, de ses équipements et de ses commandes. Si elle manque de trésorerie au mauvais moment, elle peut malgré tout disparaître.
C’est précisément le rôle du capital de continuité.
Le capital de continuité constitue pour la trésorerie ce que les stocks stratégiques représentent pour les matières premières. Il s’agit d’une réserve financière spécifiquement destinée à faire face aux périodes difficiles : ralentissement de l’activité, catastrophe naturelle, crise économique, transmission complexe ou rupture d’approvisionnement.
Cette approche rompt avec une vision purement financière de l’entreprise.
Toutes les ressources disponibles ne doivent pas nécessairement être distribuées, consommées ou optimisées immédiatement. Certaines doivent être conservées afin de protéger la continuité de l’activité, les emplois, les savoir-faire et l’ensemble de l’écosystème économique qui dépend de l’entreprise.
Là encore, la logique n’est pas celle de la performance maximale à court terme. C’est celle de la résilience à long terme.
Troisième pilier : la continuité des échanges (3)
Mais une question demeure. Que se passe-t-il si le problème ne concerne ni les matières premières ni la trésorerie, mais le système monétaire lui-même ?
Imaginons une cyberattaque majeure paralysant plusieurs établissements bancaires. Imaginons une crise financière provoquant un blocage du crédit. Imaginons une inflation extrêmement forte déstabilisant les circuits économiques.
Même avec des stocks disponibles et des entreprises disposant de réserves financières, les échanges peuvent se trouver brutalement perturbés.
C’est ici qu’intervient le troisième pilier : les mécanismes monétaires de continuité.
L’exemple le plus connu est celui du WIR suisse, créé en 1934 et toujours utilisé aujourd’hui. Son objectif n’était pas de remplacer la monnaie nationale mais de permettre aux entreprises de continuer à échanger lorsque les conditions de crédit se détériorent.
Le principe est identique à celui des stocks stratégiques ou du capital de continuité. Créer une capacité de fonctionnement lorsque le système principal rencontre des difficultés.
Une économie résiliente ne repose pas sur un unique circuit monétaire. Elle dispose également de mécanismes complémentaires capables d’assurer la continuité des échanges lorsque les circonstances l’exigent.
Une même philosophie
À première vue, les stocks de matières premières, le capital de continuité et les monnaies complémentaires semblent appartenir à des univers différents.
En réalité, ils répondent à la même question. Comment garantir la continuité lorsque survient un choc ?
Les stocks garantissent la continuité de l’approvisionnement.
Le capital de continuité garantit la continuité des entreprises.
Les mécanismes d’échange complémentaires garantissent la continuité de l’activité économique.
Les trois constituent des réserves. Ils peuvent sembler coûteux en période normale. Les trois paraissent parfois inutiles lorsqu’aucune crise n’est visible. Mais c’est précisément la nature d’une assurance.
On pourrait même résumer cette évolution par un changement de paradigme.
Le XXe siècle a cherché à maximiser les flux.
Le XXIe siècle devra réapprendre à préserver les continuités.
Car la richesse d’une société ne se mesure pas uniquement à ce qu’elle produit lorsqu’un ciel bleu économique règne sur elle. Elle se mesure également à sa capacité de continuer à fonctionner lorsque survient la tempête. Et cette capacité repose sur trois réserves essentielles : des ressources, des capitaux et des moyens d’échange. Autrement dit, sur les trois piliers d’une véritable économie de la résilience.
Proposition pour un programme présidentiel,
Construire une Économie de Continuité
Objectif : garantir que la France puisse continuer à nourrir, produire, travailler et échanger quelles que soient les crises.
Cette stratégie repose sur trois piliers.
1. La continuité des ressources
Constituer et protéger les stocks stratégiques indispensables :
- énergie ;
- eau ;
- matières premières critiques ;
- médicaments ;
- composants industriels essentiels.
Principe : ne plus dépendre entièrement de flux mondiaux fragiles.
2. La continuité des entreprises
Créer un véritable capital de continuité permettant aux entreprises de traverser les crises sans disparaître.
- réserves financières dédiées à la survie de l’activité ;
- protection des savoir-faire ;
- sécurisation de l’emploi ;
- préparation des transmissions d’entreprises.
Principe : une entreprise ne doit pas mourir d’un accident conjoncturel.
3. La continuité des échanges
Développer des mécanismes économiques complémentaires capables de fonctionner même en cas de perturbation bancaire ou financière.
- monnaies complémentaires ;
- systèmes d’échange territoriaux ;
- circuits économiques de résilience ;
- solutions de secours en cas de cyberattaque ou de crise monétaire.
Principe : même si un système tombe, l’économie doit continuer à fonctionner. « La résilience n’est pas un coût. C’est l’assurance-vie de la nation. »
Trois piliers simples qui répondent à une seule question : Comment la France continue-t-elle à vivre lorsque le monde cesse momentanément de fonctionner normalement ?
Sources et Références
1https://www.linkedin.com/pulse/just-time-ou-case-souveraineté-jécris-ton-nom-impacts-wfede/?trackingId=ZyQfPvXmLPEyi0smLu%2FsaQ%3D%3D
2https://www.societe-solidaire.fr/blog/du-stock-de-matieres-premieres-au-capital-de-continuite.html
3file:///C:/Users/socie/Downloads/Livre_blanc_Developpement-economique__Economie-plurielle-1%20(1).pdf
