Notre cerveau est comme un garde du corps, mais pas au format chétif de vigile de supérette, non, plutôt agent de la CIA avec lunettes noires, oreillette et mission : celle de nous garder en vie par tous les moyens.

Le problème, c’est qu’il prend son boulot beaucoup trop à cœur et étend son devoir de loyauté à la préservation de notre ego : on est gentil, innocent et débordant d’amour, il est normal qu’on nous aime et qu’on gagne.

Disposant d’un plein réservoir de mauvaise foi, il agit en fonction d’une loi simple et universelle : « Ce n’est jamais notre faute ».

En cas d’erreur, il appuie sur le bouton rouge et c’est la panique dans la salle de commande, les haut-parleurs hurlent : « Si quelque chose va mal … c’est la faute à l’autre », donc on place le « coupable » face à un miroir pour lui montrer SA culpabilité, il est LE méchant, quand pour nous le verdict est : « non coupable, circulez ! »

C’est très confortable mais parfaitement injuste, c’est pour ça que c’est bon.

Évidemment, dans un conflit il n’y a que des coupables qui se croient et se disent innocents, mais notre cerveau préfère les westerns, le duel au milieu de la rue, le héros face au méchant, et nous, on est le héros.

Le destin du méchant c’est de mordre la poussière, de la façon la plus humiliante possible, l’honneur du héros est en jeu, il est seul, le regard droit, la main près du six-coups, il va sauver le monde, il est en mode « sauveur », il a l’opinion pour lui, il tire et fait mouche, gloria alléluia, une fois encore le camp du bien a gagné.

« Tout ça pour dire quoi ? » s’indignera le copain du méchant – qui est bête car il pense que c’est nous le méchant – qui nous contraint à passer de « sauveur » à « persécuteur » en vertu d’un principe qui s’énonce ainsi : « l’ami de notre ennemi est notre ennemi ».

Alors on flingue à tout va tant que notre ennemi a des amis vivants, mais le public, qui est versatile, a aussi ses sympathies, alors il conspue le héros qui se retranche dans le mode « victime » et tel Rambo en pleure déclare : « c’est pas ma faute ! »

Ainsi, chaque jour, dans l’actualité politique, des agents de sécurité zélés se manifestent par des petites phrases anodines en mode « OUPS ! » dans le style :
– « Je me suis trompé de bouton pour le vote, le choix était difficile, y’en avait deux ! »
– « Cette défaite est celle de notre adversaire »
– « Je regrette que certains aient pu se sentir concernés par mes remarques sur le [mettez ce que vous voulez] je ne voulais pas les blesser »
– « Il faut surtout regarder le contexte global, le rôle des autres acteurs et leurs responsabilités dans cet échec »
– « J’assume totalement mes propos, mais il faut les replacer dans le contexte de l’agression dont j’ai été la victime »
– « Le problème est multifactoriel et j’invite mes adversaires à en prendre leur part. »

Moralité : Si les médias nous créent des superméchants, c’est pour que nos méchants à nous passent pour des enfants de cœur.