Dès 15 ans, on « sait » que le harcèlement est interdit, que le danger sur les réseaux sociaux c’est pour les gens trop sensibles, les enfants naïfs, les boomers qui cliquent sur n’importe quoi, bref les autres, car notre cerveau nous l’assure : « Toi t’es intelligent, t’es pas concerné, tout va bien ».
Les plateformes ont des règles et veillent, donc si un contenu problématique reste en ligne, c’est forcément que c’est pas si grave, ou qu’il y a une raison, parce que : « ils savent ce qu’ils font ».
Spoiler alert : ben non, c’est du théâtre !
Sur scène, des conditions d’utilisation longues comme des vacances avec une belle-mère tyrannique, des boutons « signaler » aussi utiles que ceux de l’herpès, des réponses automatiques irritantes et dans la coulisse un chef d’œuvre d’inefficacité programmée.
La violence est acceptable quand l’algo peine à la qualifier, par exemple quand les attaques répétées sont subtiles, l’intimidation ironique, le dénigrement intelligent, voire applaudi par d’autres profils des fermes à trolls.
Tout ce qui fait hésiter le système et le pousse à l’inaction est entre les mains de ceux qui savent comment contourner les règles vu qu’il les y incite.
La sécurité est un leurre emballé dans du papier toilette souillé qui vise à limiter la portée des textes qui dérangent, chaque étape est validée, chaque procédure est respectée, chaque interlocuteur est poli, chaque délai est raisonnable, mais mystérieusement, le problème du début est le même à la fin.
Signalez un comportement abusif, le verdict tombera comme une enclume dans un panier d’œufs frais : « Après examen, ce contenu ne viole pas nos règles », fin de l’histoire, pas d’argument, pas de débat, tu n’as pas perdu, tu n’as simplement pas joué.
Mais, tu peux te plaindre, en remplissant un formulaire qui déclenchera l’arrivée d’une réponse automatique t’informant que ta demande : « est en cours de traitement », tu fourniras les pièces demandées, tu expliqueras pourquoi tu as osé penser que le problème en était un, eux t’expliqueront que tu n’as rien compris et te conseilleront de recommencer depuis le début et dans l’ordre, car l’inefficacité est excessivement bien organisée.
« Tout ça pour dire quoi ? » ironisera celui qui sait que la finalité n’est pas la sécurité mais l’épuisement de la victime pour lui faire lâcher l’affaire.
Le paradoxe est dans la forme, c’est celui qui subit qui est restreint, quand ceux qui perturbent savent que le harcèlement subtil génère des interactions et fait grimper les compteurs.
Le harcèlement moderne ne crie pas, il murmure et le système souffre de la même surdité diplomatique que le fils des voisins quand sa mère lui demande de ranger sa chambre.
Il ne recouvre l’ouïe que lorsqu’elle coupe le WiFi, ce qui vous arrivera précisément le jour où votre opinion sortira du cadre.
Si ce texte vous irrite vous pouvez m’envoyer un formulaire et votre demande sera traitée dans les meilleurs délais.
