J’en vois déjà qui sourient, soit parce qu’ils l’ont entendue, soit parce qu’ils l’ont prononcé, alors pourquoi cette phrase a-t-elle été dite et souvent au mauvais moment ?
Hop, un plongeon acrobatique dans les circonvolutions tortueuses qui meublent le vide de notre boite crânienne et rétablissement en équilibre sur un pied à la rencontre de l’amygdale.
Quand notre cerveau détecte une menace elle s’emballe et déclenche l’état d’urgence, alors il passe en mode survie, sa priorité est de nous protéger pas de comprendre, il convertit : « ciel, j’ai fait une erreur, je suis nul, je vaux moins que rien, je déçois tout le monde, je vais être rejeté, je ne mérite pas de vivre, je dois sauter de la falaise » en un salvateur : « c’est pas ma faute ! ».
Parmi toutes les techniques de diversion, la projection – ou renversement accusatoire pour les fans de mot compliqué – permet de protéger la bonne image que notre ego narcissique entretient de lui-même.
Ce n’est pas forcément de la mauvaise foi, c’est un automatisme ancestral de défense pour préserver la manière dont on se perçoit et la valeur que l’on s’accorde, raison pour laquelle le message doit être clair et la réponse immédiate, pour que notre raisonnement ne nous entraine pas à la rencontre de : « j’ai fait une erreur, donc je suis une erreur, direction la falaise », qui est un des grands classiques des distorsions cognitives (toujours pour ceux qui aiment briller en société en utilisant des mots savants).
La majorité d’entre nous étant incapable de reconnaitre une erreur, la confondant avec valeur personnelle, la critique mal dosée est perçue comme une attaque existentielle, le cerveau passe la surmultipliée : « t’es qui pour me juger, t’es un danger, il faut éliminer le danger, puisque ton accusation me perturbe, alors elle devrait te faire pareil, donc je te renvoie la balle, après tout ce n’est que justice, c’est toi le méchant et j’aime bien punir les méchants ».
« Tout ça pour dire quoi ? » ricanera de façon malséante celui qui se sent visé.
Que notre cerveau est très capable de reproduire ce que son instinct lui a dicté, donc apprendre à reconnaître ses erreurs, par l’éducation ou la thérapie, sans se perdre lui-même, ce qui est une compétence qu’il peut assimiler et utiliser de façon légitime quand il est confronté à un hypocrite qui lui fait la leçon de façon arrogante.
Alors, si des adultes intelligents sont capables d’apprendre ça et d’y faire face, on imagine que l’erreur que l’on voit fait peut-être écho à une autre qui reste cachée.
Ainsi, en cette période troublée où certains politiciens, champions des coups bas et experts dans l’utilisation cynique et froide de ce mécanisme tout en détestant en être les victimes, sont terrorisés à l’idée d’être disqualifiés, on peut raisonnablement penser que leur cerveau a activé la mode survie en milieu hostile, pour préserver leur estime de soi et se demander ce qu’ils nous cachent.
