C’est le seul jour férié, chômé et payé en France, pourtant chaque année, c’est le même débat, pourquoi un McDo peut-il ouvrir, mais pas la boulangerie du coin?

Bienvenue dans le monde réel, celui où les lois ne sont pas dangereuses pour ce qu’elles annoncent, mais pour ce qu’elles rendent possible, où chacune est faite d’exceptions, de dérogations, d’interprétations et de rapports de force permanent entre ceux qu’elle arrange et ceux qu’elle dérange.

Si le Code du travail prévoit, avec une certaine logique, le maintien de quelques activités, comme la santé, les transports, la sécurité, en revanche il n’existe pas de liste officielle précise pour clarifier ce flou juridique opacifiant le droit pour d’autres métiers, comme les boulangers ou les fleuristes, notamment.

En conséquence on accepte certaines exceptions au nom de la légitimité des habitudes et fin de l’histoire.

Pour les syndicats, c’est une journée arrachée par des luttes, au prix de vies humaines, dans un monde où travailler 12 h par jour, mourir à 40 ans à l’usine et en silence était normal, et pour eux le danger n’est pas l’ouverture de la boulangerie, mais l’effet domino qui verra une exception aujourd’hui, dix demain, puis la banalisation complète telle que les gouvernements la cultive les uns après les autres en s’appuyant toujours sur la notion de « volontariat ».

Pour ceux qui opposent le droit au « travail » à celui de la « paresse », c’est une loi rigide qui ne tient plus compte des petites entreprises, des réalités économiques, ni du fait que beaucoup n’ont plus le luxe de refuser de travailler certains jours.

Les jeunes – qui n’ont pas vécu les combats syndicaux, les licenciements massifs sans protection, les semaines de travail interminables, les patrons tout-puissants, l’absence de contrepoids, et profitent d’acquis sociaux sans toujours voir le prix qu’ils ont coûté – sont prêts à y renoncer au nom de leur pseudo-liberté, quand les anciens oublient parfois que le monde a changé, la précarité aussi, et que travailler un jour férié n’est plus toujours un choix mais une nécessité, dans un monde que la finance rend chaque jour plus contraignant par le truchement de ses politiciens.

« Tout ça pour dire quoi ? » s’interrogera celui qui se demande si on peut encore parler de liberté quand on interdit le choix.

Dans une société où la colère fait plus de vues que la nuance, le conflit est le mode de fonctionnement par défaut où chacun caricature l’autre, l’accusant de vouloir « tout casser », quand ce dernier lui reproche de vouloir « tout déréguler » alors qu’en réalité aucune solution n’existe pour contenter tout le monde.

Le vrai sujet n’est pas de savoir qui a raison, mais de comprendre que chaque règle a ses exceptions, que chaque exception ouvre une brèche et que chaque brèche peut devenir un choix de société.

Le 1er mai est tout simplement le miroir de nos contradictions dans un monde fait de compromis inconfortables.