Si l’intelligence humaine fonctionnait parfaitement, l’humanité se serait arrêtée au silex, fière d’elle et incapable de faire autre chose que la même chose, mais mieux.
Heureusement, nous sommes imparfaits.
Ce cerveau que nous surévaluons par tradition est un organe respectable, certes, mais d’un conservatisme affligeant, paresseux et un peu con par nature, dont l’ambition principale est de faire le moins d’effort possible tout en donnant l’illusion de la réflexion.
Face à une situation nouvelle, il fouille son passé comme un vieux fonctionnaire fouille ses archives et s’il trouve quelque chose qui ressemble vaguement, il le ressort, souffle dessus et l’applique sans état d’âme.
Le problème, c’est que la vie, comme les sujets d’examens, sont faits de questions tordues et de cas pourris, mais c’est précisément quand il se prend un râteau monumental que le cerveau se met enfin à bosser pour de vrai.
En flagrant délit de panique, sans solution prête à l’emploi ni souvenir rassurant, il est aux prises avec cette petite voix lancinante qui lui serine : « Et si je n’étais pas le HPI génialissime que ma mère nous vend depuis des décennies ? »
Car personne ne le dit assez clairement : le cerveau ne devient vraiment intéressant qu’en situation d’échec. Tant que tout roule, il reproduit bêtement. Quand ça casse, il doute, tâtonne, tente des trucs improbables, commet des erreurs osées et c’est là qu’il devient créatif, audacieux, presque brillant.
Tout progrès humain étant né d’une obligation, l’échec n’est donc pas un drame, mais une convocation à penser.
Bien sûr, ça angoisse, on préfère toujours une petite mauvaise solution familière à une grande incertitude prometteuse. Alors on minimise, on justifie, on rationalise à la hâte, comme les invités de Charles Alloncle devant la commission sur les gabegies de l’audiovisuel public.
« Tout ça pour dire quoi ? » s’inquiètera celui qui comprend enfin comment l’apprentissage se grave, la mémoire s’étoffe, le jugement s’affine et la réussite se résume à une accumulation d’erreurs bien digérées.
Ceux qui réussissent ne sont pas ceux qui ne se trompent jamais, mais ceux qui ont échoué suffisamment pour comprendre que l’échec n’est pas une fin mais un début qui pique, qui gratte et qui nous rappelle que notre ego se la raconte un peu quand il est question de notre intelligence.
Reprenez courage, gardez le moral, et arrêtez de vous raconter des histoires, car on apprend moins en réussissant qu’en comprenant pourquoi on s’est planté.
Regardez notre champion de l’échec, transformer chaque bide en investissement, accumuler les ratages comme des trophées, tout en continuant de croire qu’il est incompris, il transforme sa nullité en « expérience enrichissante » et sa lâcheté en « sagesse », car l’être humain est toujours prêt à se mentir pour ne surtout pas avoir à changer.
Bientôt 10 ans 😒
