Au cours d’une cousinade, la discussion a pris une tournure ubuesque et drolatique, faite de jeux de mots, digressions, délires et élucubrations, après que la femme d’un cousin se fut offusquée que je lui dise à brule pourpoint : « Je sais que de moi tu médis l’an passé ».

Lancer des répliques de films ou de fables, fait partie de nos habitudes, auxquelles récemment entrée dans la famille, elle n’est pas rompue. Elle s’est donc défendue d’avoir parlé sur mon dos et encore moins en mal. Une autre cousine lui a soufflé qu’elle aurait dû répondre : « Comment l’aurais-je fait, si je n’étais pas né ? » et c’est ainsi, devant son air éberlué, que nous avons découvert qu’elle ne connaissait pas la fable « Le loup et l’agneau ».

J’ai donc entrepris de combler cette lacune en la lui racontant, évidemment à ma façon, ce qui a donné ceci :

La raison du plus fort est toujours la meilleure,
Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Un poisson surgelé, dormait innocemment,
Dans un grand congélateur d’un blanc éclatant,
D’une enseigne connue, une société,
Dont le produit marin est la spécialité.

« Qui te rend si hardi, là, dans ton emballage ?
Demanda le directeur d’un ton plein de rage.
« Tu ne ressembles pas à ma publicité,
Et je vais te châtier de ta témérité. »

Le Poisson répondit, la voix emplie de crainte :
Qu’il n’avait, à ce jour, reçu la moindre plainte.

« Tu nuis à mon renom, par ce propos rebelle
Tu me troubles », dit-il alors d’une voix cruelle,
« Et je sais que de moi tu médis l’an passé. »
– « Comment l’aurais-je fait, si je n’étais pané ? »

Sans plus de procédure, le droit il s’en balance,
Il s’en saisit et sans prononcer de sentence,
Il le jette dans l’huile, d’un geste méprisant,
Et le sert au dîner à ses petits-enfants.

La Moralité fût bien sûr à l’avenant :
« France Télévisions flambe pour dégeler l’assistance,
Mais à cause de ses choix fait fondre les audiences.
Une commission s’ensuit, la mauvaise foi s’invite
Et le poisson termine sa vie avec des frites ».

Le plus drôle de cette histoire c’est que nous avons proposé le texte à une IA qui lui a trouvé du sens, un côté pamphlétaire et a proposé ce dessin pour l’illustrer.

Cela m’a fait penser au tableau de « Boronali », cet âne a qui Roland Dorgelès avait fait secrètement peindre une toile que les critiques de l’époque avaient qualifié « d’œuvre intéressante ».

Comme eux, l’IA peut être mystifiée, alors quand le gouvernement considère qu’elle « porte des promesses de transformations majeures, et que la fonction publique – premier employeur de France – doit s’en emparer pour améliorer la qualité et l’efficacité du service public, au bénéfice des citoyens comme des agents ».

Je me pose vraiment plein de question.