Plouf, fait le glaçon qui rafraîchit la boisson, mais par-delà l’effet salvateur de cet apport de fraîcheur, contemplons la ligne d’horizon.
Ce glaçon qui flotte et qui affleure à peine, si l’on regarde par transparence, on voit toute son importance, en revanche si l’on regarde juste la surface du verre sa présence est insignifiante.
On ne le voit pas … mais il agit … il rafraîchit.
Imaginez alors combien de glaçon il faudrait empiler pour commencer à apercevoir une petite plateforme émerger et dont on sentirait la fraîcheur avant d’en mesurer la profondeur.
À mesure que l’eau alentour se refroidit, le glaçon fond moins vite, et plus on en ajoute plus ils finissent par se voir, par former un début de construction et un jour l’iceberg est là, devant nous, il occulte tout notre champ de vision par son gigantisme.
Ceux qui le découvrent sans l’avoir vu se former, sont fascinés par son imposante stature, ils peinent à imaginer la quantité de glace qui se trouve en dessous, le temps qu’il a fallu pour que cette montagne puisse s’élever ainsi et la température de l’eau environnante pour qu’elle ne disparaisse pas sous les caresses du soleil qui la réchauffe et du vent qui la polit.
Elle reste là, imposante, impassible, semblant inusable, indestructible.
Si par un miracle de la technique ou pouvait la découper au raz de la surface, ce qui reste immergée ferait remonter une partie différente, plus large, mais toujours issue de la même structure enfouie.
« Tout ça pour dire quoi ? » grelottera le plongeur amateur qui découvre, les membres engourdis par le froid, que ce qu’il voyait depuis le bord n’était qu’un fragment infime d’une masse silencieuse qui flotte dangereusement dans l’obscurité.
Tout ça pour dire qu’après des années de terrain en gestion de conflit, j’ai appris que, comme les icebergs, les conflits ne surgissent jamais ex nihilo, ils naissent parce qu’on les crée et ils persistent parce qu’on les entretient.
Ainsi toutes ces affaires qui « surgissent » dans notre quotidien et occupe l’espace médiatique, ne sont-elles jamais que la partie émergée d’un mal beaucoup plus profond qu’on a laissé se développer sous la surface, loin des regards, dans un silence complice, pendant qu’il modifiait les conditions de son environnement.
Pour qu’un jour le scandale « éclate », que la vérité « apparaisse » en pleine lumière et se retrouve sous le feu des projecteurs de ces médias qui vont la polir et la façonner, il faut que dans les profondeurs, l’affaire se prépare, s’épaississe, se densifie et attende que quelqu’un ait le courage de la regarder autrement, de plonger le regard sous la ligne d’horizon, là où les formes deviennent plus lourdes, plus lentes, plus acérée et où il est dangereux de s’aventurer seul sans risquer « l’accident ».
Quand un problème n’est encore qu’un glaçon il peut fondre, mais quand on attend qu’il soit un iceberg alors il faut s’attendre à ce qu’il devienne titanesque et dérive longtemps.
